Actualité des livres

06 novembre 2017
Note de lecture

Alain Dieckhoff et Philippe Portier (sous la dir. de)

Religion et politique


Les Presses de Sciences Po, "L’enjeu mondial", 2017
368 p.   29,00 €

Les religions sont de retour dans le monde entier comme des acteurs politiques, voulus comme tels par leur base ou leur sommet ou, du côté politique, par des régimes et des responsables qui les souhaitent à leur botte. Cette globalisation est cependant inégale, toutes les religions ne sont pas également concernées ou le sont autrement et il importe d’en dessiner la carte générale et les raisons théoriques et pratiques qui mobilisent les unes et les autres. Le livre le fait très bien, et son grand intérêt est de proposer des monographies très précises – et précieuses – sur une grande diversité de pays. En effet, les situations sont multiples et, souvent, connues quand des violences sont commises, comme aujourd’hui en Birmanie par des bouddhistes contre la minorité musulmane rohingya ou en Inde par les nationalistes hindous contre les musulmans et les chrétiens. Mais au-delà de ces déchirures, qui peuvent affecter la même confession ou la même grande religion (comme, aujourd’hui, le retour virulent de l’opposition entre musulmans sunnites et chiites), on constate des partages politico-religieux très contrastés, fortement marqués par les traditions anciennes et l’histoire politique récente. Le livre met en lumière des évolutions peu vues, comme la « croissance des sans-religion aux États-Unis », le « pluralisme religieux en Afrique subsaharienne », le rôle douteux de la doukhvonost (« morale et spiritualité ») en Russie ou encore la concurrence ignorée entre pouvoir religieux et pouvoir politique en Arabie Saoudite.

Jean-Louis Schlegel