Actualité des livres

04 juillet 2017
Note de lecture

Brigitte Munier

Odeurs et parfums en Occident

Qui fait l’ange fait la bête


Éditions du Félin, 2017
304 p.   25,00 €

L’histoire olfactive est faite de paradoxes. Elle convoque les dieux et les bêtes, l’immédiat et les souvenirs, les puanteurs et les parfums. Cette « histoire sensible » ne traduit pas seulement les symboles et les émotions du « nez ». Brigitte Munier remonte depuis l’Antiquité à la construction des imaginaires et des pratiques, pour détailler les fonctions anthropologiques, ontologiques et finalement sociologiques du parfum. Si l’odeur est une « manifestation », le parfum provient d’une technique subtile, révolutionnée par les avancées de la chimie, dont l’auteure propose une histoire. Le parfum produit un véritable rapport au monde, il est une « œuvre »destinée à« faire sens ». Auparavant utilisé pour se rapprocher des dieux, il est devenu ensuite affaire de séduction, de santé ou de jeunesse. Il parvient à « capter le social », comme le prouve au xvie siècle la fin de l’attrait pour les fragrances fortes, de musc, pour les fleurs fraîches, lié à l’émergence de la bourgeoisie. « L’expérience sensorielle » est pourtant complexe car elle touche l’« émotion primitive » qu’une industrie, vectrice d’images et de tendances, propose de « révéler », comme la science, qui a longtemps négligé de l’étudier, reconnaît désormais le lien entre le nez, le cerveau et la mémoire. Cette grande histoire de l’odeur et des parfums rend honneur à ce « sens total ».

R. B.