Actualité des livres

06 décembre 2017
Note de lecture

Catherine Chalier

L’appel des images


Actes Sud, "Le Souffle de l’esprit", 2017
96 p.   10,00 €

Ce court texte offre une réflexion sur « la force de l’image » qui émeut, éveille ou inquiète. Si cette réflexion s’inspire de l’Ancien Testament et du Talmud Torah, elle s’adresse à notre situation contemporaine, ce « monde marqué par l’ampleur sans précédent de la technologie qui permet de multiplier les images et d’en imposer un flot incessant en guise de voisinage et de rempart contre la solitude ». L’image est-elle donc le mal ? Le jugement se fait nuancé. Les images ne valent qu’autant qu’elles maintiennent (et doivent être bannies quand elles perdent) « l’essentiel : la relation à l’invisible ou encore à l’absence qui donne pourtant son sens à toute image digne de ce nom ». La force des images n’est donc pas tant leur pouvoir de fascination, qui pétrifie notre capacité de critique et d’interprétation, que leur pouvoir de nous rappeler à Dieu. Ce dernier est effet jaloux des images : celui qui entend son appel et garde ses préceptes comprend la violence de l’iconoclasme. Dieu n’est d’ailleurs jamais vu : Il vient « dans une voix de fin silence » (1 Rois 19, 12). Pour l’auteure, l’interdit monothéiste de l’idolâtrie doit se comprendre comme un renforcement de la liberté et un rempart contre les tentations de la servitude. Cela ne signifie pas que toute imagination est à bannir ; il s’agit de reconnaître que l’image nous échappe comme « un songe qui s’envole » (Virgile, l’Enéide, VI, 702) à moins qu’elle puisse, à l’instar de celles de de Staël et de Rothko, par une « bienheureuse secousse », nous tenir « sur le seuil de l’ultime ».

Jonathan Chalier