Actualité des livres

03 mai 2017
Note de lecture

Études réunies par Nikol Dziub

Les voyageurs du Rhin

Préface de Frédérique Toudoire-Surlapierre


Presses universitaires de Reims, 2016
326 p.   22,00 €

« Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent / Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter » (Guillaume Apollinaire). Rares sont les fleuves qui peuvent se prévaloir d’être « mythiques », voire « mystiques ». Le Rhin l’est éminemment : fleuve témoin d’histoire, de géographie, de migrations multiples, de voyages innombrables, fleuve-frontière nostalgique, poétique, symbolique, divisant et reliant deux langues très différentes, deux formes de génies culturels, des savoirs autres, qui se comprennent pourtant et se fécondent mutuellement. L’or du Rhin est disséminé dans les études de ce livre, attestant la constance d’une fascination, de la Renaissance humaniste (déjà concurrente et brisée par la Réforme, que Montaigne dénie en visitant le Rhin suisse) aux romantiques, encore une fois différents, voire opposés et pourtant reliés… par le Rhin de Victor Hugo, un « voyage à travers les ombres », selon Sébastien Beaudoin. Mais les Anglais ne sont pas en reste, comme en attestent Byron et Marie Shelley (avec son Frankenstein, où confluent les châteaux lugubres, les légendes tristes et les fantômes des forêts rhénanes). Après Barrès, qui oppose les forces obscures et cruelles du versant allemand aux puissances claires et bienveillantes (dont Jeanne d’Arc) du côté France, les intellectuels français cultivent des attitudes ambivalentes face au nazisme montant, qui revendique bien sûr comme un postulat la germanité du Rhin. Le rôle du Rhin pour les juifs d’Alsace et pour le poète Jean-Paul Klée et son poème « Roi-du-Rhin » clôt le livre.

J.-L. S.