Actualité des livres

06 novembre 2017
Note de lecture

Hannah Arendt

Humanité et terreur

Trad. par Françoise Bouillot


Payot, 2017
318 p.   24,80 €

Même si l’éditeur n’a pas daigné préciser, dans une préface ou une présentation, les principes qui ont présidé à la réunion des textes de ce recueil, même si nombre d’entre eux ont déjà été traduits en français (sans qu’il soit précisé où ils ont paru : un nombre important vient du recueil intitulé Penser l’événement, publié en 1989 par Claude Habib chez Belin), on admettra volontiers l’intérêt de l’ouvrage, où l’on retrouve toute la netteté d’Arendt, sa capacité à identifier et à conceptualiser les questions (et à les universaliser), sa critique sans concession des évidences, sa répugnance face à la bonne conscience et aux réactions émotionnelles. Il s’agit avant tout de textes de l’immédiat après-guerre, qui prennent parti à propos de débats de l’heure, de rapports divers, de livres parus, en particulier sur la nature du nazisme et le sens de l’extermination des juifs, mais aussi à propos de la situation allemande, de la dénazification, du communisme, de la bombe atomique, de la nation et de l’État, de l’Europe qui naît des ruines… Signalons, en ouverture, un entretien magnifique de 1964 sur « ce qui reste » pour elle de l’Europe pré-hitlérienne (« Il reste la langue maternelle »), sur ce que veut dire pour elle être philosophe, être juive, être femme, sur l’importance du politique… Il s’achève par un hommage vibrant à Karl Jaspers : « Chaque fois que Jaspers prend la parole, tout devient lumineux… Si quelqu’un a réussi à instiller en moi un peu de bon sens, c’est lui. » Le titre du recueil ne plagie pas Humanisme et terreur de Merleau-Ponty, mais reprend celui d’un discours de 1953 retenu dans l’ouvrage.

Jean-Louis Schlegel