Actualité des livres

05 septembre 2017
Note de lecture

Jean-Vincent Holeindre

La ruse et la force

Une autre histoire de la stratégie


Perrin, 2017
464 p.   24,00 €

Quand George W. Bush proclame, le 14 septembre 2001, « on nous a fait la guerre par la dissimulation et la tromperie », le président américain ravive la figure du combattant perfide. Dans son ouvrage, Jean-Vincent Holeindre réhabilite la place de la ruse dans l’histoire de la stratégie, des cosmogonies grecques au terrorisme contemporain. Homère faisait de la ruse et de la force les deux faces de la pratique guerrière : alors que l’Iliade met en scène Achille et son légendaire sens de l’honneur, l’Odyssée nous invite à suivre Ulysse « aux mille tours » pour qui la fin justifie les moyens. La condamnation ultérieure de la ruse apparaît comme une arme idéologique et politique qu’il faut manier avec prudence puisque aucune puissance ne peut se satisfaire de la seule force. L’enjeu intellectuel, pour les penseurs de la guerre juste, consistait à définir le cadre d’exercice légitime de l’intelligence rusée. Pour décrire ces évolutions, Jean-Vincent Holeindre s’appuie sur un corpus de textes très riche, de la part d’auteurs classiques ou des négligés Clément d’Alexandrie, Christine de Pisan et le marquis de Puységur. Avant tout un travail historique, l’ouvrage nous permet pourtant de comprendre des pratiques actuelles, tel que la taqîya, et met en garde contre les impasses d’un usage aveugle de la force.

Etienne Dignat