Actualité des livres

04 octobre 2017
Note de lecture

Marie Cornu, Fabienne Orsi, Judith Rochfeld (sous la dir. de)

Dictionnaire des biens communs


Puf, "Quadrige", 2017
1 240 p. p.   39,00 €

À l’origine, cet ouvrage devait être le « Dictionnaire critique des communs », mais l’éditeur a préféré l’appeler Dictionnaire des biens communs, pour l’élargir à un plus large public – même si ce dictionnaire possède, à l’évidence, des allures d’encyclopédie critique, tant il mêle les entrées (notions et doctrines), les disciplines, les points de vue (importance en particulier du droit, mais aussi de l’histoire), les débats et les réflexions en cours, les institutions et les lieux publics concernés. Qui prononce ou entend le mot « commun(s) » aujourd’hui, le cantonne facilement à des éléments que tous devraient pouvoir partager (la terre, la mer, l’environnement, des lieux divers, des connaissances, une culture, l’art, la santé, la propriété de certains « biens », etc.). Mais ce dictionnaire est beaucoup plus ambitieux : il veut intégrer le « faire commun », aussi comment on en est venu à certains communs, au « patrimoine commun », et comment ils ont évolué et évoluent encore (ou se maintiennent en se renforçant), obligeant à en réinventer les figures juridiques. La France a été précédée, dans l’intérêt pour les communs, par les auteurs anglo-américains et des pays européens comme l’Italie, d’où la place relativement importante accordée à des notions, des conventions et des réflexions internationales. Les acteurs (notamment les juristes) qui ont apporté leur pierre à la réflexion sur les biens communs sont bien représentés. Cent quatre-vingt-treize auteurs ont été mobilisés, dont beaucoup d’universitaires – ce qui explique peut-être, sans que ce soit un reproche, la relative technicité de certaines rubriques – de droit ou d’économie en particulier. La multiplicité d’entrées rend quasi impossible non seulement une vision d’ensemble, mais aussi une perception un peu nette des domaines du commun. Par ailleurs, dans cette considérable entreprise, indispensable désormais à celles et ceux qui s’intéressent aux communs, étonnons-nous quand même que le « Bien commun », notion centrale dans la réflexion sociale de l’Église catholique, ne soit pas même mentionné, fût-ce pour dire les limites d’une expression qui a pourtant presque remplacé la notion d’« intérêt général » dans le langage courant. Signalons, pour donner de l’appétit, les rubriques : accès à l’information, appellation d’origine contrôlée, base de données, domaine public, fondements de la propriété, logiciel libre, nationalisation, pair à pair, patrimoine culturel, Proudhon, semence paysanne, tragédie des anticommuns, etc.

Jean-Louis Schlegel