Actualité des livres

06 novembre 2017
Note de lecture

Maurizio Bettini

Contre les racines


Champs, 2017
172 p.   8,00 €

L’ouvrage du philologue et latiniste italien a le charme d’une balade plus que la rigueur d’une démonstration. La démarche évoque les Mythologies de Barthes, avec son observation précise et volontiers ironique des manies intellectuelles du présent. La tradition n’est pas « pure », « authentique » ou « vraie », selon M. Bettini, mais construite et complexe. Son retour ne serait pas tant une réaction à la modernité qu’un « dernier bastion de la différence » face au rapprochement des cultures ou aux migrations. Les impressions et anecdotes de l’Italie contemporaine servent de contrepoints à de savantes analyses des discours contemporains et des images qu’ils utilisent. Ainsi la métaphore de la racine, qui porte l’idée d’une origine intangible et de l’autorité évidente de la terre sous nos pieds, fausse la réalité de la tradition comme « chose qui se construit et qui s’apprend ». L’auteur admet éprouver de la nostalgie mais il reconnaît qu’elle relève de sa mémoire privée, et non d’une mémoire collective et racinaire dont il faudrait plaindre l’effacement – car le monde change. La déconstruction, menée par une mise en perspective aussi brève que vertigineuse, n’est pas anxiogène. Regarder derrière soi et y voir du construit plutôt que du « vrai » ou du « pur » n’est pas se priver de fondements stables. Au contraire, pour M. Bettini, c’est une projection sûre vers l’avant, une déclaration d’amour faite au présent.

Matthieu Febvre-Issaly