Actualité des livres

05 septembre 2017
Note de lecture

Olaf Avenati et Pierre-Antoine Chardel (sous la dir. de)

Datalogie

Formes et imaginaires du numérique


Loco, 2016
272 p.   22,00 €

La pensée critique du numérique bute souvent sur la difficulté à manier à la fois une connaissance intime des techniques employées et un vrai regard philosophique, qu’il soit éthique, épistémologique ou esthétique. Surmonter cet obstacle, faire dialoguer les disciplines, faire passer les données numériques (data) sur le plan du logos est tout l’enjeu de ce livre sur les formes et les imaginaires portés par les techniques contemporaines. Les différents textes qui le composent sont autant de flashs acérés sur le monde contemporain, servis par une iconographie qui fait partie intégrante d’un cheminement de pensée proposé par des auteurs venant d’horizon très divers (philosophie, design, géographie, sciences de l’ingénieur, anthropologie, etc.) et réunis autour de la volonté de mettre en lumière et en question le lien entre imaginaires, technologies et sociétés. C’est ainsi qu’Éric Guichard nous y présente l’écriture numérique comme une nouvelle modalité de l’« écriture planaire », spatialisant la pensée, déjà présente dans la Géométrie de Descartes ou dans les poèmes de Mallarmé, et dont l’appropriation ne peut pas être laissée aux seuls informaticiens. C’est ainsi que Jean-Paul Karsenti nous propose un voyage dans les big data : leur maniement est le lieu de formation d’un nouveau type de vérité, celui de la corrélation algorithmique, dans lesquels la place du libre arbitre, du bien commun et du vivre-ensemble risquent de se dissoudre si nous n’y prenons pas garde. C’est ainsi que Eve-Lise Kern, François Trahay et Kevin Zanin nous montrent comment le design graphique permet de visualiser des données issues de la recherche, faisant dialoguer différentes communautés scientifiques. Comme l’avant-propos l’expose, il s’agit, au travers de l’ensemble des contributions, de questionner, dans une perspective chère à Cornélius Castoriadis, la manière dont le numérique produit du savoir, de la consommation, de l’imaginaire et d’y identifier des lignes de fuite créatrices en croisant les regards par-delà la puissance des formes dominantes d’appropriation des réseaux et du numérique.

Valérie Charolles