Actualité des livres

06 novembre 2017
Note de lecture

Patrice Flichy

Les nouvelles frontières du travail à l’ère numérique


Seuil, 2017
432 p.   24,00 €

Pour Patrice Flichy, les lignes qui définissent le travail, héritées du xixe siècle, sont inadaptées et en brouillent la compréhension. Le travail du dedans, salarié et localisé dans l’entreprise, s’opposerait au travail indépendant du dehors, ainsi qu’aux passions et loisirs qui grandiraient dans l’ombre d’un rejet croissant. Au lieu de penser le travail comme un centre que gagnerait progressivement une marge, il faudrait le redéfinir par son contenu. Ainsi, le « travail ouvert » intégrerait travail salarié et indépendant, et plus encore travail professionnel et amateur, rémunéré et gratuit, pour soi et pour les autres. Cette notion permettrait d’inclure dans la compréhension du travail l’économie du partage ou ce que produisent l’open access et les plates-formes numériques. Surtout, les notions d’emploi du temps, d’espace de travail et d’activité unique s’y effacent, de même que le « comment » au profit du « quoi », c’est-à-dire d’objectifs. Les critères essentiels de la définition de ce travail ouvert, selon P. Flichy, sont l’engagement des individus et l’épanouissement personnel. Le sociologue en réalise une ethnographie originale, mais n’est-ce pas là détourner le regard de la précarisation ? « Ne pas se libérer du travail, mais libérer le travail », est-ce à la portée de tous ou même du plus grand nombre ? Ce que l’étude du travail ouvert semble dire en tout cas, c’est que le travail est gagné par de nouveaux « modes de faire » qui exigent un nouveau compromis social.

Matthieu Febvre-Issaly