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19 décembre 2017


Carole Desbarats

Singin' in the Rain au Grand Palais


Après le théâtre du Châtelet, c’est au Grand Palais que Singin’ in the Rain est proposé au public parisien[1]. Le metteur en scène Robert Carsen y suit de près le scénario du film de Stanley Donen en 1952 : l’intrigue se situe à l’irruption du cinéma sonore en 1927, ce qui perturbe toute la structure économique et esthétique de cet art naissant.

Robert Carsen a su préserver la magie du film par un travail digne de Broadway. Dan Burton, qui  interprète le rôle principal, se démarque subtilement de son modèle, Gene Kelly : même côté boy next door, même musculature, belles claquettes, mais avec des inflexions plus classiques dans la danse. Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre.

En revanche, l’interprète de Kathy, Monique Young, détonne par un jeu, une danse moins parfaits mais surtout par certaines inflexions qui ressortissent un peu au bastringue, ce qui nous éloigne de la charmante Debbie Reynolds. Pourquoi pas ?

Singin’ in the Rain ⒸMarie-Noëlle Robert / Théâtre du Châtelet

Cela accompagne l’effacement d’un des thèmes principaux du film, la question de la dignité qui, ici, est un simple motif plaisant, là où, en 1952, elle posait un enjeu fort : chanter et danser sont-ils aussi dignes que jouer la comédie ? En 2017, le cinéma est entré dans le panthéon des arts. Ainsi, en ajoutant un peu de la vision du musical des années 1940 (moins d’ambition de sens, mais autant d’exigence sur le plaisir à donner au spectateur), Robert Carsen joue la synthèse de deux époques du cinéma hollywoodien pour nous tirer du côté de son art, la comédie musicale. En témoignent les costumes dignes de l’époque de Fred Astaire, tout de luxueuses paillettes noires et blanches qui s’éclairent au finale, quand arrivent les couleurs éclatantes des démocratiques cirés des années 1950 et que la pluie tombe sur la scène.

La réussite est manifeste. Elle consacre le travail de Jean-Luc Choplin qui, en dix ans à la tête du Châtelet, a créé un public pour le musical en osant programmer aussi bien le délicieux Sigin’ in the Rain que les œuvres exigeantes de Stephen J. Sondheim. Il ne reste plus qu’à espérer qu’à la réouverture du théâtre du Châtelet après travaux, une telle ambition ne passe pas à la trappe.

Carole Desbarats

 


[1] Jusqu’au 11 janvier 2018. Direction musicale : Gareth Valentine. Mise en scène : Robert Carsen. Chorégraphie : Stephen Mear. Costumes : Anthony Powell. Dramaturgie : Ian Burton. Décors : Tim Hatley. Lumières : Robert Carsen. Lumières : Giuseppe Di Iorio. Reprise de la chorégraphie : Jo Morris. Orchestre : Orchestre Pasdeloup. Distribution : Don Lockwood : Dan Burton. Cosmo Brown : Daniel Crossley. Kathy Selden : Monique Young. Lina Lamont : Emma Kate Nelson. R. F. Simpson : Robert Dauney. Dora Bailey & Miss Dinsmore : Jennie Dale. Roscoe Dexter : Matthew Gonder. Rod & Tenor : Matthew Jeans. Zelda Zanders : Michelle Bishop.