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08 septembre 2017


Jacques-Yves Bellay

Rentrée scolaire : l’enfant oublié


Le gouvernement a décidé, dès cette rentrée, de permettre aux écoles primaires de revenir à la semaine de quatre jours. La méthode est pour le moins cavalière. Annoncée en juin, cette réforme n’a laissé qu’une quinzaine de jours aux établissements pour se décider, et aucune évaluation n’a été engagée sur la semaine de quatre jours et demi voulue par Vincent Peillon et amendée par Benoît Hamon, permettant de regrouper les fameux TAP (Temps d’activités périscolaires) sur une seule demi-journée, ce qui dénaturait totalement la réforme dont le but était, il est bon de le rappeler, de concentrer les apprentissages fondamentaux sur le matin dont tout le monde reconnaît le rôle privilégié dans l’attention des petits et des grands. En dix ans, pas moins de trois changements auront été opérés. En 2008, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, on disait adieu au samedi matin en instituant les quatre jours. En 2012, on revenait aux quatre jours et demi pour, en 2017, réintroduire les quatre jours ! Ainsi donc, un quart des enfants de ce pays repassent aux quatre jours, certainement beaucoup plus dans un an, quand les municipalités auront pris le temps de se réorganiser.

Inutile de s’appesantir sur toutes les études de la chronobiologie de l’enfant démontrant le bien-fondé de l’étalement sur la semaine du temps scolaire. Quand l’industrie du tourisme, le corporatisme des enseignants et l’obsession budgétaire des communes se marient, l’enfant passe à la trappe. Nous assistons à un immense gâchis. Les enseignants maintiennent un avantage acquis, une journée de congé en milieu de semaine ; les communes, inquiètes de la suppression de la taxe d’habitation, font des économies ; les parents se réorganiseront tout en sauvant le sacro-saint week-end, puisqu’il n’est pas question de revenir sur les cours du samedi matin, pourtant préconisés par tous ceux qui se préoccupent du rythme de l’enfant.

Ce sont les petites communes rurales qui, les premières, ont sauté sur l’occasion, car les activités de l’après-midi étaient difficiles à organiser, que les finances étaient réduites (et, surtout, les aides de l’Etat non pérennes) et que les enseignants, habitant peu sur leur lieu de travail, étaient obligés de faire un aller-retour de plus dans l’établissement. Restent que les propositions d’activités bénéficiaient à des enfants qui, sans elles, accèdent peu à des découvertes artistiques et autres, et qui risquent, le mercredi, d’être livrés à eux-mêmes. Les communes vont licencier des animateurs, les agents communaux engagés dans les TAP retrouveront leur train-train et les centres de loisir, le mercredi, se développeront à nouveau, sauf pour les moins aisés (car ils sont payants).

Jean-Michel Blanquer n’échappe pas à la règle de ses prédécesseurs. Comme chaque enseignant, chaque parent, chaque haut fonctionnaire de l’Education nationale, le ministre sait ce qu’il faut faire pour les chers bambins et pense qu’avant lui, c’était le déluge. Quand il décrète l’évaluation obligatoire en CP, on atteint des sommets de bureaucratie – comme si les enseignants ne le faisaient pas ! Que fera-t-on de cette pluie de statistiques ? Quand il condamne la méthode globale de lecture, on dirait qu’il sort pour la première fois de son bureau : cette dernière est rejetée depuis longtemps !

Dédoubler les classes de CP dans les zones prioritaires, pourquoi pas ? A condition que cela ne remette pas en cause une mesure prometteuse : le poste d’enseignant supplémentaire accordé à chaque école en plus de chaque classe. Comme le souligne fort bien Guy Coq : « Pour créer au plus vite les classes à 12, on diminue l’expérience du maître en plus et on limite les possibilités de remplacement. Comme si on mettait en concurrence deux mesures fondamentalement complémentaires  […] On veut espérer une prise en compte rapide de la nécessité d’une évaluation des politiques scolaires[1]. »

La paix scolaire, ce serait de geler pour dix ans toute réforme et de se centrer sur ce qui existe, en se donnant les moyens d’appliquer correctement le système actuel. L’école, comme les enfants, a besoin de se reposer. Le gel des circulaires, la fin des gabegies du « management » des professeurs, l’attention positive portée aux innombrables initiatives pédagogiques, autrement dit la confiance retrouvée dans le corps enseignant, seraient les signes d’un pouvoir politique attentif à ce qui se fait déjà plutôt que la méfiance qui bouleverse tout en permanence. Quand l’enfant a besoin de temps pour se construire, l’Etat veut aller vite. Quand le rythme de vie d’un enfant requiert de la lenteur, le ministre galope, persuadé qu’il convient d’accélérer les réformes parce la vérité qu’il détient ne supporte pas les atermoiements.

L’enfant est roi, dit-on, mais c’est un roi bouffon. Il amuse la galerie, mais il passe à la trappe dès que l’on passe aux choses sérieuses : les vacances scolaires d’été trop longues, le respect du sommeil, quitte à amputer le temps festif des parents ou le confort des enseignants. C’est ainsi, on ne refera pas le monde, mais que l’on cesse de (se) raconter des histoires. L’enfant est la variable d’ajustement de l’univers des adultes. Le dire relève de la salubrité intellectuelle et morale.

Jacques-Yves Bellay



[1] Guy Coq, « Ecole : l’espoir d’une politique en rupture », Ouest France du 5 septembre 2017.