A la une

09 mai 2017

Compte rendu de la réunion du Comité Syrie-Europe, Après Alep du 9 mai 2017
Nicolas Hénin, Salam Kawakibi et Hala Kodmani

La question syrienne dans les médias français


Salam Kawakibi, politologue et directeur adjoint de l’Arab Reform Initiative, a commencé par exprimer son profond respect pour le travail des journalistes, qui ne mentent pas, ne sont pas corrompus, et prennent des risques pour couvrir le conflit. Ceux qui obtiennent un visa pour la Syrie sont toutefois complètement encadrés par les services de sécurité et relaient la propagande du régime de Bachar el-Assad, appuyée par la Russie et l’Iran : les mêmes mensonges sont répétés, diffusés par l’AFP et repris par les médias. Les reportages des journalistes doivent impérativement comporter une mise en contexte de la manière dont ils obtiennent leurs informations.

Hala Kodmani, qui couvre l’actualité du conflit syrien pour Libération, dénonce des machines à produire de la désinformation, comme cette « histoire fabriquée » au sujet de l’attaque à l’arme chimique de Khan Cheikhoun. Ces histoires fabriquées fonctionnement principalement auprès de ceux qui ne vont pas chercher d’eux-mêmes l’information.

Nicolas Hénin, journaliste et auteur de La France russe, enquête sur les réseaux Poutine (Fayard, 2016) suggère que la stratégie des fake news n’est pas tant de désinformer que de produire de la confusion et de nous faire ainsi perdre confiance dans le système. Ainsi, le sens des « Macron leaks » était de susciter la méfiance envers les médias traditionnels.

Les mécanismes de mensonge politique sont donc le brouillage et la dé-contextualisation. La discussion a tourné autour des réponses possibles à leur apporter. Ré-informer ne fonctionne pas : le conflit syrien a été très bien couvert, mais cela n’a pas fait bouger l’opinion. La question syrienne est particulièrement tendue à cause de la polarité Etats-Unis/Russie, mais également à cause de la crispation sur l’islam : il faudrait s’attaquer à ce soubassement idéologique. C’est le rapport humain, plus que le sérieux des médias, qui permet d’accueillir la vérité.