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16 mars 2012

Francis Jeanson et la revue Esprit 1. Entre Sartre et Mounier
Marie-Pierre Ulloa

Les intellectuels et la guerre d'Algérie


Le parcours de Francis Jeanson est caractéristique des engagements des intellectuels au moment de la guerre d'Algérie mais aussi de la mémoire qui en reste présente aujourd'hui, notamment dans cette période anniversaire des accords d'Evian. Alors que le rôle de la revue Les Temps Modernes et celui de Jean-Paul Sartre en particulier est bien connu et balisé, et a été presque le seul évoqué dans les notices écrites au moment de la disparition de Jeanson, le 1er août 2009 , celui d’Emmanuel Mounier et d’Esprit l’est beaucoup moins. Comment peut-on comprendre ce décalage ?

Disciple de la philosophie existentialiste, c'est néanmoins dans la revue phare de la pensée personnaliste que Jeanson signe en 1950 son premier article, « Cette Algérie conquise et pacifiée... »[1], dénonçant la situation coloniale. L'introduction de Jeanson auprès d’Esprit tient essentiellement à l'amitié nouée avec Mounier. Ce dernier joue d'ailleurs un rôle crucial dans l’insertion de Jeanson dans le sérail intellectuel de l’après-guerre. C’est lui qui le fait entrer au comité de lecture des éditions du Seuil et qui le recommande auprès de son directeur littéraire, Paul Flamand. Après le décès brutal de Mounier en mars 1950 et son remplacement par Albert Béguin a la tête de la revue, Jeanson reprend la direction de la collection « Ecrivains de Toujours », et continue à écrire pour Esprit et à intervenir lors de ses congrès. Entre 1948 et 1957, Jeanson publie une douzaine d’articles dans les colonnes d’Esprit, dont six consacrés à la décolonisation, et fait couler beaucoup d’encre au sein de la rédaction au sujet de la création de son réseau d’aide au FLN. Mais, à partir de 1957, la mésentente personnelle et idéologique entre Jeanson et Jean-Marie Domenach, le nouveau directeur de la revue, ainsi que la publication controversée de l'Algérie hors-la-loi[2], à laquelle Domenach s'était farouchement opposé, aura raison de la collaboration de Jeanson avec Esprit.

« Le fait que Jean-Marie Domenach ait remplacé Béguin m'a retenu de collaborer à Esprit. Ce n'était plus le même Esprit; c'était déjà vrai avec Béguin mais j'aimais beaucoup Béguin. »[3]

 Les Temps Modernes et Esprit sont les deux grandes revues qui dominent le paysage intellectuel de l'après guerre. Jeanson est un des seuls, avec Claude-Edmonde Magny, à avoir été un collaborateur régulier des deux revues. Les années 1947-1948 sont capitales pour Jeanson, qui est intronisé dans les réseaux littéraires et philosophiques influents grâce à son travail dans ces deux revues, et qui conquiert le domaine, non moins important, de l'édition via les éditions du Seuil. Les débuts de Jeanson sur la scène intellectuelle parisienne s'annoncent donc très prometteurs : à vingt-six ans, il est adoubé par Sartre, recruté par Merleau-Ponty aux Temps Modernes, et régulièrement sollicité par Esprit. Toutefois, il ne joue un rôle pleinement actif qu’après le tournant des années 1950, avec un article sur le prolétariat publié par Esprit en 1951 et une critique incendiaire consacré à L’Homme révolté d’Albert Camus qui paraît dans Les Temps Modernes en mai 1952 et qui marque la rupture de l'équipe des Temps Modernes avec Camus.

 

Une double affiliation, au croisement de deux revues

 

 

Membre à part entière de l’équipe des Temps Modernes et collaborateur régulier d'Emmanuel Mounier à Esprit, Jeanson va occuper une position unique et privilégiée de passerelle entre les deux revues. Il s'attachera d'ailleurs à montrer la distance intellectuelle qui existe entre elles dans une chronique de La France Intérieure consacrée à la pensée personnaliste et communautaire de Mounier[4].

 Dans cet article de juillet 1947, Jeanson expose sa propre lecture du personnalisme. Le personnalisme de Mounier a pour ambition de rompre avec le “désordre établi”, avec l'individualisme bourgeois d'un côté, et les idéologies autoritaristes, communistes et fascistes, de l'autre. Il se définit donc comme un engagement effectif:

« Il ne suffit pas de dire : personne, communauté, homme total, etc..., il faut dire aussi : fin de la bourgeoisie occidentale, avènement des structures socialistes, fonction initiatrice du prolétariat [...] Faute de quoi, le personnalisme devient une idéologie à tout faire et, désarmé de sa pointe révolutionnaire, il est capté au service des paresses conservatrices ou réformistes ».[5]

La notion de “personne” théorisée par Mounier s'oppose à la notion d'individu promue par le marxisme. L'individu est un être mû par ses besoins et aliéné par le monde économique moderne. Au contraire, la personne s'abstrait de cette matière et, partant, recouvre une dimension spirituelle et un potentiel d'énergies créatrices et de liberté. Or, pour Jeanson, la définition que Mounier donne de la personne n'est pas compatible avec son projet révolutionnaire, fondamentalement inscrit dans la réalité politique et sociale de son temps. Face au marxisme, qui se présente comme une force dynamique de transformation, il regrette que le personnalisme se définisse d'abord comme une foi, ce qui, selon lui, compromet son ambition pratique. Il reste néanmoins mesuré dans sa critique:

« Je n’étais pas un lecteur d’Esprit. J’éprouvais une très vive sympathie pour Mounier mais l’idéologie d’Esprit, je n’en avais cure, cela m’était égal d’autant qu’elle ne m’avait jamais paru très virulente. Il était plus facile de caractériser, en l'aimant ou en la détestant, la ligne des Temps Modernes. Esprit a publié des articles extrêmement vifs qui n’allaient pas nécessairement dans son sens. Je me moquais éperdument de la ligne catholique-progressiste d’Esprit ; ce n’était pas mon problème. Non parce que cela ne me paraissait rien du tout à l’époque mais parce qu’après coup, cela m’a paru très réducteur qu’on assimile Esprit à cette tenue-là car pendant toute une période Esprit et Les Temps Modernes étaient les revues les plus courageuses. Esprit publiait même des articles que Les Temps Modernes ne publiaient pas par moments ».[6]

 Les réticences de Jeanson à l'égard du personnalisme ne constituèrent pas un obstacle à son recrutement. La revue prônait l'éclectisme, comme le rappelait Albert Béguin: « la revue restait ouverte à tous ». [7] En effet, la marque originale d’Esprit réside dans sa promotion, dès les années 1930, du principe de la revue engagée. Sur ce terrain, la revue personnaliste devance Les Temps Modernes en portant notamment un intérêt vigilant à la situation en Afrique du Nord dès 1947[8]. C’est également Esprit qui s’éloigne la première du communisme, alors même que Les Temps Modernes et un grand nombre d'intellectuels de gauche, dont Sartre et Jeanson, s'y rattachent ouvertement. La revue de Mounier dénonce le stalinisme dès septembre 1949, au moment où l’affaire Rajk fait la une de L’Humanité.

L'amitié entre Jeanson et Mounier, puis entre Jeanson et Béguin[9] l'emporta sur leurs divergences politiques, qui n'empêchèrent donc pas la collaboration de Jeanson à Esprit. Toutefois, il ne faisait partie ni du comité directeur ni du comité de rédaction.

 Après la disparition subite d’Emmanuel Mounier le 22 mars 1950, Jeanson lui rend hommage dans son deuxième article publié par Esprit, « Une pensée combattante »[10]. Il y affirme que le travail de Mounier ne compose pas une oeuvre mais, au contraire, symbolise « la négation même de la notion d’oeuvre : le refus, par un homme, de sa propre ”mise en oeuvre” »[11] et il conclut son hommage en ces termes :

« Si peu nombreux que nous soyons à nous efforcer de protéger contre toute mutilation le complexe visage de notre ami, si maladroits à dire ce qu’il fut pour lui-même et pour nous, il me semble qu’en tout cas ce serait ne pas trop le trahir que de vouloir, aujourd’hui plus que jamais, “avec tous les hommes, faire proprement notre travail d’hommes” ».[12]

Jeanson évoque à nouveau la mémoire de son ami quelques années plus tard, en 1966, dans son ouvrage Sartre devant Dieu : « Un homme qui se déclarait chrétien et qui jamais, sur les problèmes essentiels du monde humain, ne m’a donné l’impression de laisser durablement sa foi se solidifier sous forme de croyance, - c’est-à-dire, en somme, s’abolir en se reniant. »[13]

 

C’est également dans les colonnes d’Esprit que l'engagement politique de Jeanson se révèle progressivement. Il y aborde des sujets politiques dans des articles de fond, et endosse le costume de l'intellectuel engagé. Dans le contexte de l'après guerre, un intellectuel est légitimé par son engagement politique et doit définir sa position par rapport au communisme, soit en se mettant au service du parti, soit, au contraire, en s'en détachant.

Son étude de la condition prolétarienne[14] est significative de la place croissante de Francis Jeanson au sein du débat politique animant les revues intellectuelles; son article ouvre le numéro d'Esprit de juillet-août 1951 intitulé “Condition prolétarienne et lutte ouvrière”. « Il faut être un intellectuel, pour ignorer ce qu’est un prolétaire » lance-t-il en ouverture, révélant la mauvaise conscience endémique de l'intellectuel vis-à-vis du prolétariat. Il se rallie à la définition marxiste selon laquelle c’est au prolétariat qu’incombe la mission hautement prophétique de changer le cours de l’histoire et de faire advenir « une histoire authentiquement humaine ». En tant qu'agent historique, le prolétariat incarne la « conscience de la société » qui, par sa force révolutionnaire, doit « introduire dans l'histoire la conscience de l'histoire », et « opérer (ainsi) la conversion de l'histoire »[15]. Dans la lutte prolétarienne, le philosophe est à la fois critique et solidaire.

« A vrai dire, notre position risque de demeurer en porte-à-faux : si discrètes soient-elles, nos tentatives de réflexion prennent toujours plus ou moins un mauvais air de dénonciation - c’est-à-dire de trahison. Mais peut-être [...] accéderions-nous à un plus véritable respect des exigences prolétariennes en nous débarrassant une bonne fois de ce complexe de culpabilité dont une certaine attitude communiste finit par infecter nos pensées les plus intimes. Ce n’est qu’en cessant de nous comporter comme des coupables, que nous parviendrons à nous rendre responsables, c’est-a-dire à nous engager de façon effective dans l’aventure révolutionnaire. »[16]

Cette profession de foi révèle un Jeanson ardent mais nuancé. Il affirme une pleine solidarité avec les travailleurs et le mouvement communiste mais il s'agit d'une solidarité vigilante et non - pas encore... - d'une solidarité aveugle. Il ne ménage d'ailleurs pas ses critiques à l’égard du communisme soviétique qu’il accuse d’avoir perverti les buts de la Révolution de 1917 :

« Précisément, toute la question est là : le climat “soviétique” est-il un climat révolutionnaire ? [...] Qui détermine les modalités du passage au communisme, qui établit les normes d’activité dans chaque secteur des réalisations socialistes, qui donc élabore et dicte aux citoyens les thèmes de leur comportement quotidien dans tous les domaines? Seraient-ce les citoyens soviétiques eux-mêmes, en train d’édifier le monde des hommes? Non. Et ce n’est pas non plus leur “avant-garde”, le prolétariat ouvrier et paysan ; et ni même l’avant-garde de ce prolétariat, la classe ouvrière. A vrai dire, c’est “le détachement d’avant-garde” de cette avant-garde : le Parti communiste. Plus précisément encore, c’est le camarade Staline [...] Que l’expérience russe se solde à l’heure actuelle par une évidente perversion de l’attitude et des buts révolutionnaires, ce mal n’aurait pas à nos yeux une telle importance si nous pouvions escompter sa limitation à ce seul cas : malheureusement, les partis communistes d’Europe occidentale ont choisi de se réclamer de l’expérience russe - de façon totale et inconditionnelle. Il ne suffit pas de dire qu’ils renoncent à la critiquer : ils vivent, à son égard, dans la perpétuelle hantise du péché de “’déviationnisme”. [...] Dans les perspectives du communisme actuel, la prise de conscience prolétarienne n’est plus qu’une introductrice : son rôle est de conduire les travailleurs jusqu’à l’adhésion au Parti, et de s’effacer aussitôt pour laisser place aux spécialistes de l’instruction des masses. »[17]

Son engagement politique se poursuit ensuite dans Les Temps Modernes avec son article de mai 1952 « Albert Camus ou l'âme révoltée ». Tout en rappelant toute l'admiration qu'il porte à Camus, Jeanson l’accuse de refuser l’histoire, le compromis et l'action. Il est intéressant de constater que Mounier avait lui aussi analysé ce parti-pris camusien de non-intervention dans des termes similaires, comme le souligne Michel Winock :

« Mounier, dès août 1945, récuse “l’attitude spectaculaire “que lui semble avoir prise Albert Camus : “Si notre confrère Combat, dont nous ne dirons jamais assez quelle reconnaissance lui doit l’esprit public, nous satisfait moins qu’en ces débuts, c’est dans la mesure où il entretient, devant l’événement et devant les hommes engagés, cet aparté de juges austères qui distribuent l’éloge et le blâme comme d’une chaire où l’on ne sent pas toujours passer la grande fraternité des difficultés communes.” »[18]

L’article contre Camus apporte à Jeanson une notoriété certaine; il est d'ailleurs l’un des principaux intervenants de la rencontre du comité directeur élargi d’Esprit qui a lieu à Jouy-en-Josas du 12 au 14 juillet 1952, au cours de laquelle il milite pour un rapprochement de la revue personnaliste vers les idées communistes.

 

Un sartrien au Seuil

 

 

  La mort subite de Mounier en mars 1950 précipite la nomination d’Albert Béguin aux commandes de la revue et inaugure un nouveau chapitre dans la relation que Jeanson entretient avec elle. Jeanson fréquente déjà Béguin aux éditions du Seuil, en tant que membre du comité de lecture, et avait collaboré avec lui à un numéro de Plaisir de France consacré à la jeunesse dans lequel ils devaient répondre à la question : « Où va la jeunesse de France? » Il est intéressant de constater combien les deux réflexions diffèrent l’une de l’autre et ne se situent pas sur le même registre d’analyse. Pour Jeanson, la jeunesse est une chimère :

« Quelle unité de situation, de perspectives et de comportement trouverait-on entre un paysan, un ouvrier métallurgiste, un étudiant entretenu par sa famille, et tel autre étudiant contraint de travailler le soir comme standardiste, ou comme plongeur dans un restaurant ? [...] Si la jeunesse va quelque part, ce ne peut être que vers l’âge adulte ou la maturité. » [19]

Il livre une vision existentialiste de la jeunesse en la présentant en termes de “prise de conscience” de “situation” et de “signification humaine”. Au contraire, Béguin l’appréhende en praticien occasionnel de la pensée personnaliste, en utilisant les vocables d’“appartenance à la communauté humaine”, de “conscience communautaire” et “solidarité sociale”.[20]

 

C’est grâce à Mounier que Jeanson publie La Signification humaine du Rire[21] dans la collection “La Condition Humaine” au Seuil. Cet essai théorique fait écho jusque dans son titre à l’ouvrage de Bergson intitulé Le Rire, essai sur la signification du comique[22]. Jeanson y montre que le rire est un langage par lequel l’homme doit s’efforcer d’exprimer qu’il est au dessus de ses impulsions émotives. Le rire est un instrument au service d’intentions qui le dépassent. Si Emmanuel Mounier accueille ce manuscrit avec enthousiasme, Paul Flamand, directeur littéraire et co-fondateur du Seuil, est plus réservé. Sa réserve persiste malgré le succès d’estime que rencontre l’essai. Jeanson remporte même le prix Fénéon, décerné par l'Université de Paris, le 24 février 1953, ex aequo avec Mohammed Dib et son roman La grande maison[23]. Ce prix renforce la légitimité de Jeanson dans le milieu universitaire.

Afin de valoriser son activité auprès de Paul Flamand, Jeanson met en avant ses contacts dans les milieux intellectuels parisiens:

« [Vous-serait-il possible] d’envisager en ma faveur un service de presse des ouvrages philosophiques ou apparentés édités par votre maison ? Je dispose à Paris d’un certain nombre de tribunes où je puis, utilement je crois, faire connaître tout ce qui, dans la production actuelle, vaut la peine qu’on en parle. [...] Je collabore toujours à Paris aux Temps Modernes où je vais désormais donner en plus de mes articles de fond des notes de lecture et à Esprit. En outre, j’ai déjà obtenu ici même[24] une chronique hebdomadaire dans un journal du soir[25] et la possibilité de faire des conférences à la radio d’Alger, je compte d’ailleurs étendre dans une assez large mesure ces premiers moyens d’expression. »[26]

Face à leur concurrent, Gallimard, dont Sartre contribue à la renommée, compter un représentant de l’existentialisme dans les rangs du Seuil serait un contrepoids fructueux, car la philosophie existentialiste est prise très au sérieux par les milieux éditoriaux. Paul Flamand propose alors à Francis Jeanson une aventure éditoriale commune :

« (...) au fond il s’agissait de créer une espèce de service littéraire qui n’existait pas puisqu’il était le seul membre de son service littéraire, il était le directeur littéraire des Editions du Seuil [...] J’ai eu la possibilité de travailler très rapidement grâce à Mounier et évidemment à la confiance que Paul Flamand m’a faite, alors j’ai travaillé pendant sept ans, jusqu’au début de 1957, il m’a confié tout de suite une collection à lancer »[27].

En octobre 1950, Jeanson devient membre du comité de lecture des Editions du Seuil, sur la base de sa notoriété récente sur la scène intellectuelle, notoriété impulsée et confirmée par les éloges sartriens et le soutien indéfectible d’Emmanuel Mounier, ses deux mentors dans l’orientation de sa carrière intellectuelle. Il est recruté pour remplacer Albert Béguin qui vient de créer avec Paul Flamand le concept de la collection "Ecrivains de toujours". L’entrée de Francis Jeanson au Seuil est féconde, tant pour lui que pour Paul Flamand et une amitié indéfectible va naître entre les deux hommes. En 1952, Jeanson dédie à Flamand son essai La Phénoménologie[28]. Néanmoins, leurs rapports ne versent pas dans la facilité, comme le prouve leur correspondance[29] :

« Nous avons eu des conflits, des moments très difficiles, des rapports malaisés, oui vraiment, avec Paul pendant des années, enfin c’était un mélange étonnant, il y avait une extraordinaire gentillesse et affection et même disons de générosité de sa part et puis en même temps je crois qu’il supportait très mal certaines de mes prises de position »[30].

Paul Flamand demande à Jeanson “très clairement de représenter au Seuil la ligne existentialiste”[31], preuve du magistère exercé par Sartre sur le monde intellectuel des années 1950. Mais il n’est pas question pour lui de servir d’alibi existentialiste sans effectivement jouer le rôle qui lui est dévolu. Toutefois, lorsqu’il défend les positions sulfureuses de Sartre, Paul Flamand lui reproche son caractère engagé. Ainsi Flamand se montre-t-il réticent à publier en 1958 l’essai d’André Gorz, Le Traître, préfacé par Sartre (préface célèbre intitulée « Des rats et des hommes »[32]), ce qui augure pourtant d’une audience certaine. Francis Jeanson riposte en faisant valoir son rôle de défenseur de la pensée sartrienne, et Le Traître sera finalement publié. Il assume son statut de disciple de Sartre, et ne laisse rien passer quand l'existentialisme est pris pour cible. Ce fut le cas dans le volume de la collection "Ecrivains de toujours", Mauriac par lui-même de l’écrivain Pierre-Henri Simon. Jeanson confie à Flamand :

« J’ai lu [...] le Mauriac de PHS. C’est à coup sûr très valable pour la collection. [...] Par ailleurs je ne vois pas clairement l’intérêt des deux agressions contre Sartre, et je suis un peu gêné qu’il ait cru bon de s’y livrer, sur ce ton de gratuité qui n’a pas d’équivalent dans tout le reste de son essai, quand il n’ignorait certainement pas que j’aurais à le lire. [...] si bien que, malgré moi, j’en viens presque à soupçonner quelque intention plus personnelle! »[33]

Paul Flamand apaise Jeanson en prenant toutefois la défense de Pierre-Henri Simon :

« Pour le Mauriac, je ne m’attendais pas à ce que vous laissiez passer sans réaction les deux crochets de PHS. Néanmoins, votre réaction m’a un peu surpris. Sartre n’a pas été tendre pour Mauriac et il est loisible à Pierre-Henri Simon de faire écho aux attaques de l’un contre l’autre : d’autre part, on ne peut pas s’étonner que notre auteur ne soit pas d’accord avec l’attitude générale de Sartre. J’userai, ici, du même raisonnement dont vous vous êtes servi lorsque vous m’écriviez sur la littérature engagée : ou bien ses remarques ont un sens et alors il faut les accepter, même si nous n’y souscrivons pas dans le respect de la liberté de l’expression ou bien elles ne nous paraissent qu’un effet d’humeur ou de parti-pris politique ou d’attaque basse, et à ce moment-là il faut évidemment les contester. Pour ce qui est de l’attaque personnelle, cette hypothèse me paraît invraisemblable. Il se peut parfaitement que Simon ignore quelle est votre participation à cette collection. D’autre part, il est assez fair-play pour ne point vous dire par la bande ce qu’il aurait envie de vous dire en face et, en conclusion, lui pas plus que personne ne croit qu’il ne saurait toucher Sartre sans vous atteindre personnellement. »[34]

Cette lettre renferme l’évidente identification Sartre-Jeanson pour le Seuil, que Paul Flamand affirme haut et fort ; par ailleurs, ce qui est plus étonnant, la lettre trahit la probable ignorance de Pierre-Henri Simon quant à la fonction de Jeanson comme directeur de la collection "Ecrivains de toujours". Cela signifierait alors que c’est Paul Flamand qui traite directement et seul avec certains auteurs, reléguant Jeanson à un rôle secondaire, ou bien, - autre hypothèse,- l’accord passé entre Simon et le Seuil s'était concrétisé en l’absence de Jeanson (lorsque celui-ci, tuberculeux, s'était trouvé durant plusieurs mois en convalescence à Vence en 1953). Jeanson demeure donc “l’outsider” des éditions du Seuil à cause de sa filiation idéologique avec Sartre, alors c'était justement la raison pour laquelle il avait été engagé.

D’autre part, en dehors de Paul Flamand, Jean Bardet et Marie-Jeanne Noirot qui travaille avec lui dans le cadre de la collection "Ecrivains de toujours”, Jeanson n’entretient pas de véritables rapports d’amitié avec les membres de la maison d’édition :

« Au sein du Seuil, j’étais en contact avec Paul Flamand et Marie-Jeanne Noirot [...] J’aimais bien Paul-André Lesort, nous n’avions pas grand chose en commun mais une profonde estime. Jean Cayrol, je l’aimais bien mais je n’ai jamais vraiment dialogué avec lui, je le voyais agir, fonctionner dans les comités. »[35]

Jeanson reste en marge, dans la position à la fois privilégiée et inconfortable de celui qui est au seuil du Seuil ; si l’on étudie la composition du comité de direction à l’époque où Jeanson y siège, son homogénéité intellectuelle de “catholiques de gauche” est éclatante. En effet, le comité de lecture rassemble en 1953 Paul Flamand, Jean Bardet, Albert Béguin, Jean Cayrol, Jean-Marie Domenach, Paul-André Lesort, l’athée Jeanson et Paul Manesse, chargé du secteur commercial auprès de Jean Bardet[36].

En octobre 1951, paraît le premier volume de la collection "Ecrivains de toujours". L’optique de cette nouvelle collection est d’appréhender la littérature en tant que rencontre, rencontre entre l’écrivain et le lecteur et rencontre actualisée dans ce siècle, grâce à un auteur d’aujourd’hui qui démasque dans l’homme du passé, l’écrivain de toujours. Jeanson souhaite démocratiser la culture[37], lui donner une plus vaste audience. C’est une innovation pour les éditions du Seuil, qui auparavant « ne publiait que de l’immédiat et du contemporain. »[38] Entre 1950 et 1957, Jeanson supervise la création et la publication des trente-deux premiers numéros.

On note quelques divergences entre Paul Flamand et Jeanson sur les choix de ligne éditoriale. Le Flaubert commandé à Jean de La Varende, auteur très populaire sous l’Occupation, est une décision de Flamand et Béguin que Jeanson désapprouve. Par la suite, le Seuil lui donnera d'ailleurs raison puisque Flaubert par lui-même est réécrit par Victor Brombert en 1979. De même, quand il s’agit d’écrire un Racine par lui-même, Francis Jeanson propose de faire appel à Raymond Picard, spécialiste de l’oeuvre racinienne, mais Paul Flamand lui précise que, si le projet envoyé par Picard lui paraît de qualité certaine, en revanche, Albert Béguin est hésitant car les introductions de Raymond Picard au Racine de la “Bibliothèque de la Pléiade” lui ont déplu[39]. Il n’y aura pas de Racine par Raymond Picard... L’influence de Béguin sur la collection "Ecrivains de toujours" est restée très forte, même après son départ pour Esprit. Il garde un droit de regard sur les orientations éditoriales. Mais Jeanson ne conserve qu’un vague souvenir de ces divergences :

« Béguin était très exigeant. Il devait trouver par moments qu’il y avait du laxisme dans le choix des écrivains, des auteurs. Il trouvait que c’était un peu facile de picorer dans le champ des grands auteurs. [...] C’est possible qu’il ait eu des vues assez différentes sur la collection. »[40]

Quant au choix des "Ecrivains de toujours", Francis Jeanson est toujours en accord avec Paul Flamand, à l’exception de trois cas-limites qu’il accepte tout de même car « on ne peut pas diriger une collection avec sa seule rigueur toute subjective »[41] : Maurice Barrès ne fait pas partie du panthéon littéraire de Francis Jeanson et il est intéressant de noter que c’est Jean-Marie Domenach qui en sera l’auteur. Anatole France non plus, deux volumes lui seront pourtant consacrés en 1954. Plus surprenant, le Romain Rolland, publié en 1955, consacré à un écrivain d’extrême-gauche, ne relève pas d’une initiative de Jeanson : « honnêtement, il n’était pas parmi mes priorités »[42]. En dehors de ces trois cas, Jeanson assume la co-paternité de vingt-neuf "Ecrivains de toujours" sur les trente-deux numéros publiés sous sa direction. Quant aux auteurs contemporains plébiscités, leur mosaïque est la résultante le plus souvent d’un accord avec Paul Flamand et parfois le fruit d’un compromis.

Il y a également des cas spécifiques où des "écrivains de toujours" vivants élisent eux-mêmes leur commentateur : par exemple, André Malraux suggère Gaëtan Picon[43] et François Mauriac, Pierre-Henri Simon que, bien sûr, seul Paul Flamand approuve. Pour Montherlant, il s'agissait de trouver un auteur qui « parle bien de Montherlant sans être trop marqué à gauche pour ne pas avoir envie de le descendre en flamme. »[44] Montherlant récuse Louis Pauwels, suggéré par Paul Flamand, et désigne finalement Pierre Sipriot.

La compétence du critique est la motivation première : c’est clairement le cas de Jean Starobinsky pour Montesquieu et de René Pomeau pour Voltaire. Les auteurs de la maison Seuil sont évidemment privilégiés : Francis Jeanson et Albert Béguin produisent deux "Ecrivains de toujours" tout comme Chris Marker, François-Régis Bastide et Jean-Marie Domenach, qui consacre le second à Emmanuel Mounier.

Il est aussi significatif de considérer les projets défendus par Jeanson qui lui ont été refusés ; le philosophe souhaite, par exemple, introduire des choix plus audacieux, tel que Louis Aragon mais le poète ne recueille aucun succès auprès de Paul Flamand :

« Question que je considère comme urgente : suis pas du tout d’accord avec vous sur la mise en suspens du projet Aragon [...] la question me paraît simple : nous manquons - et nous manquerons de plus en plus... - de contemporains. Nous avons en outre la chance (fortement discutable à d’autres égards!) de pouvoir obtenir un Aragon que le Parti “autorisera”. Cela fait une certaine clientèle, il me semble! »[45]

Paul Flamand craint finalement que les éditions du Seuil ne soient alors perçues comme l’illustration de l’ambition communiste de “colonisation” des institutions intellectuelles. Flamand ne remet pas en cause la qualité intrinsèque de l’oeuvre d’Aragon, qui est unanimement reconnu comme un représentant incontournable de la République des Lettres, mais il redoute son rôle de relais du Parti communiste dans les milieux intellectuels.[46]

Cette collection remporte immédiatement beaucoup de succès. Francis Jeanson et Paul Flamand sont ravis de la formule, qui est saluée dans la presse, et les volumes se vendent bien. Le Seuil s’impose avec ce nouveau concept dont il détient le monopole jusqu'à la fin des années cinquante, quand la collection est alors imitée par deux autres maisons d’édition, Gallimard et les Editions Universitaires. La stratégie d’ouverture adoptée par le Seuil qui préside au recrutement de Francis Jeanson se révèle donc limitée dans ses concessions ; il ne saurait être question de lancer une collection de philosophie existentialiste. En effet, si le Seuil souhaite attirer à lui des agents influents du monde intellectuel, il ne conçoit nullement cet élargissement comme une dispersion. Jeanson est le gage sartrien du Seuil, qui le recrute afin de bénéficier d’une crédibilité intellectuelle et d'une plus large audience.

                       

Les éditions du Seuil continuent à publier des ouvrages politiques qui les mettent en porte-à-faux avec la revue sartrienne à laquelle le directeur de la collection « Ecrivains de Toujours » continue de collaborer et au sein de laquelle il a signé son article incendiaire contre Camus. C’est notamment durant cette même année 1952 que le Seuil publie l’Histoire des Démocraties populaires de François Fejtö, opposant hongrois qui a démonté les artifices du procès Rajk dans un article d’Esprit de novembre 1949. La dissension politique entre Camus et Sartre est aussi contemporaine de l’affaire Henri Martin qui s’est muée en grande affaire des intellectuels français[47], à laquelle Sartre et Jeanson ont activement contribué aux côtés des communistes, tandis que Camus avait refusé d’y prendre part.

Toutefois, si Sartre et Jeanson sont les compagnons de route du P.C.F., ils n’y sont pas adhérents ; Francis Jeanson n’a jamais été communiste à proprement parler, mais il souscrit au constat sartrien selon lequel le P.C.F., malgré la langue de bois de ses dirigeants et le dogmatisme de ses philosophes officiels, représente la classe ouvrière française et bénéficie de la confiance des masses. Or, l’ultime relation structurante de l’intellectuel existentialiste est celle qui le rend solidaire des dominés et, inversement, l’oppose aux classes dominantes. Jeanson est conduit par sa mauvaise conscience d’intellectuel bourgeois et pense se racheter en se livrant à un militantisme zélé. Albert Béguin qui énonce magistralement le préjugé favorable des milieux intellectuels de gauche à l’égard des communistes :

« On ne nous convaincra pas de bafouer le malheur et les espoirs de ces masses qui ont droit à ces promesses parce qu’elles sont leurs raisons de vivre et que personne ne leur en propose de meilleures. »[48]

Pourtant, Albert Béguin est le moins pro-communiste de tous au sein d’Esprit[49]. Les collaborateurs de la revue, nostalgiques de la fraternité avec les communistes du temps de la Résistance, restent intimidés par l'assertion selon laquelle quiconque n’est pas du côté des opprimés, c'est-à-dire des communistes, appartient au clan des oppresseurs. Jeanson signe le 21 juin 1952 la lettre de protestation contre l’arrestation du dirigeant communiste Jacques Duclos[50] et souhaite ardemment que Sartre reprenne la ligne de libre alliance avec les communistes formulée en 1947 par Merleau-Ponty. Mais la relance en 1952 du compagnonnage critique défini par Merleau-Ponty en 1947 s’insère dans un contexte bien différent de celui de la Libération : le sens de l’engagement auprès d’un Parti Communiste ne jouit plus de la même légitimité après la guerre de Corée et les révélations sur les camps soviétiques. Jeanson s’éloigne de Merleau-Ponty. C’est dans ce sens que Jeanson signe l’article "Le Coréen libéré" dans les colonnes d’Esprit en janvier 1951.

« J’ai mal vécu le silence, l’abstention de Merleau-Ponty pendant la guerre de Corée. [...] Il y avait une manipulation occidentale pour que cette guerre ait lieu et peu importe quel était l’agresseur factuel sur le terrain. Cette guerre avait été voulue pour neutraliser cette partie du monde. [...] J’ai vécu Les Communistes et la paix comme une tentative hardie pour sauver ce qui pouvait être sauvé du communisme en France pour contrer cette déferlante d’anticommunisme qui était à la mode. [...] J’approuvais ce compagnonnage de route. Pourquoi pas? Au fond, c’était toujours le même thème : on peut toujours essayer. On ne va pas se mettre à hurler avec les loups. »[51]

Sa défense du stalinisme perdurera longtemps puisqu’en 1960, en pleine guerre d’Algérie, il opère un parallèle entre la cause algérienne et la cause stalinienne ; il n’a pas peur de l’écrire, sacrifiant à la rhétorique communiste de la théorie du “complot” :

« Une cause juste demeure juste, quelles que soient les erreurs de ceux qui la servent : loin de nous détourner d’elle, ces erreurs doivent au contraire nous inciter à la rallier, en mettant tout en oeuvre pour qu’elle soit de moins en moins compromise par ceux-là même qui se sacrifient pour elle.

Au demeurant, l’histoire est toujours la même : c’est l’hostilité du monde entier pendant près de trente ans qui a rendu quasiment inévitable le régime de Staline en URSS, et les crimes staliniens n’ont jamais justifié, si peu que ce fût, le système capitaliste. »[52]

De surcroît, Jean-Paul Sartre se lance dans la bataille avec L’Affaire Henri Martin, qui est publiée après la libération du détenu le 2 août 1953, alors qu’Henri Martin n’est toujours pas grâcié. Francis Jeanson apporte sa contribution, ainsi que Jean-Marie Domenach (Louis de Villefosse, Vercors, Hervé Bazin). Néanmoins cette alliance entre les deux intellectuels ne sera que de courte durée car dès 1955 et la publication de L’Algérie hors la loi, Jeanson et Domenach divergent sur l’analyse de la guerre coloniale.



[1] “Cette Algérie conquise et pacifiée...”, Esprit, avril et mai 1950.

[2] Francis et Colette Jeanson, L'Algérie hors-la-loi, éd. Seuil, 1955.

[3] Entretien avec Jeanson, le 7 mai 1996.

[4] Francis Jeanson, “La Personne et La Communauté”, La France Intérieure, 15 juillet 1947, p. 30-35.

[5] Emmanuel Mounier, Qu’est-ce que le Personnalisme?, Le Seuil, p.7, cité par Francis Jeanson in “La Personne et La Communauté”, art. cit., p. 31.

[6] Entretien Francis Jeanson, le 13 février 1996.

[7] Interview d’Albert Béguin, Le Soir, 1er novembre 1954.

[8] Esprit, “Prévenons la guerre d’Afrique du Nord”, avril et juillet 1947.

[9] Voir Michel Winock, “L’âge d’or des intellectuels”, L’Histoire, n°83, novembre 1985, p. 27.

[10] Francis Jeanson, “Une pensée combattante”, Esprit, 1950, p. 852-859.

[11] Ibid., p. 853.

[12] Ibid., p.859.

[13] Francis Jeanson, Sartre, Les écrivains devant Dieu, op. cit., pp.56-57.

[14] Francis Jeanson, “Définition du prolétariat?”, Esprit, n° 180-181, juillet-août 1951

[15] Idem, p. 12

[16] Idem, p.16-17.

[17] Idem, p. 20.

[18] Michel Winock, Le Siècle des Intellectuels, Le Seuil, 1997, p .427.

[19] Francis Jeanson, “Où va la jeunesse de France”, Plaisir de France, juillet-août 1951, p. 2.

[20] Ibid.

[21] Francis Jeanson, La Signification humaine du rire, collection “La Condition Humaine”, collections ”Esprit”, Le Seuil, 1950.

[22] Henri Bergson, Le Rire, essai sur la signification du comique, Bibliothèque de philosophie contemporaine, P.U.F., troisième édition, 1956. Recueil de trois articles initialement publiés dans La Revue de Paris, le 1er, 15 février, et 1er mars 1899.

[23] Mohammed Dib, La grande maison, nouvelle édition, coll.“Points”, Le Seuil, 1996.

[24] Jeanson est alors à Alger. Il y séjourne quelques mois en 1948.

[25] Il s’agit de L’Echo d’Alger. Jeanson y livre une série d'articles sur l’existentialisme.

[26] Lettre de Francis Jeanson à Paul Flamand, le 5 novembre 1948. Archives des Editions du Seuil.

[27] Entretiens inédits de Francis Jeanson avec Jean-Paul Liégeois, 1976, p. 243-244.

[28] Francis Jeanson, La Phénoménologie, op. cit.

[29] La correspondance échangée entre Paul Flamand et Francis Jeanson entre 1948 et 1979, date du départ en retraite de Flamand, conservée par le Seuil, comprend soixante-quinze lettres ou missives écrites par Francis Jeanson et quatre-vingt-six par Paul Flamand.

[30] Entretiens inédits de Francis Jeanson avec Jean-Paul Liégeois, 1976, p. 244.

[31] Entretien Francis Jeanson, le 13 février 1996.

[32] André Gorz, Le Traître, Le Seuil, 1958. Préface de Sartre reproduite in Situations IV.

[33] Lettre de Francis Jeanson à Paul Flamand du “mercredi 11’, certainement 11 février 1953 car la réponse de Paul Flamand est datée du 19 février 1953.

[34] Lettre de Paul Flamand à Francis Jeanson, le 19 février 1953. Archives des Editions du Seuil.

[35] Entretien Francis Jeanson, le 7 mai 1996.

[36] Voir Paul Flamand, “L’éditeur et “ses” romanciers”, 27, rue Jacob, automne 1953.

[37] Chaque volume de la collection comporte 192 pages dont environ 40 d’illustrations et coûte 300 francs.

[38] Sur le Seuil, document hors commerce, Le Seuil, p. 31.

[39] Lettre de Paul Flamand à Francis Jeanson, le 19 février 1953. Archives des Editions du Seuil.

[40] Entretien Francis Jeanson le 7 mai 1996.

[41] Entretien Francis Jeanson le 7 mai 1996.

[42] Entretien Francis Jeanson le 7 mai 1996.

[43] Gaëtan Picon (1915-1976) deviendra par la suite, de 1959 à 1966, le directeur général des Arts et des Lettres au Ministère d’Etat des Affaires Culturelles, dirigé par André Malraux.

[44] Entretien Francis Jeanson le 7 mai 1996.

[45] Lettre de Francis Jeanson à Paul Flamand, le 2 février 1956. Archives des Editions du Seuil.

[46] Gisèle Sapiro, Institutions littéraires et crise nationale. Académie française, Académie Goncourt et Comité national des écrivains dans les années quarante, mémoire de DEA de sociologie sous la direction du professeur Pierre Bourdieu, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 1991, pp.130-131. Cité par Anne Simonin, Les Editions de Minuit, op. cit., p. 272, note 81.

[47] Militant du parti communiste qui découvre la situation de l'Indochine française comme marin dans l'armée française, il est condamné par la justice militaire après avoir diffusé des tracts hostiles à la guerre d'Indochine. De nombreux comités de défense sont formés après sa condamnation en mars 1950.

[48] Albert Béguin, “Réflexions sur l’Amérique, l’Europe, la neutralité et quelques autres sujets de préoccupation”, Esprit, juin 1951, p.876.

[49] Voir Jacques Rollet, Histoire politique de la revue “Esprit”, 1950-1956, mémoire de DEA sous la direction du professeur Michel Winock, IEP de Paris, 1981, pp.18-24.

[50] Renseignements d’archives de la D.S.T., cote 604. Archives Roland Dumas.

[51] Entretien Francis Jeanson le 15 février 1996.

[52] Francis Jeanson, Notre Guerre, Editions de Minuit, 1960, p.87.

 

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