10 octobre 2013

Bellmer, Ernst, Springer et Wols
Alain Paire

Quatre artistes au camp des Milles


La tuilerie qui abrite le Site-Mémorial du Camp des Milles n'est pas immédiatement accessible. Elle surgit soudainement, on l'aperçoit quand survient l'extrême bout des maisons basses d'une longue rue qui traverse le village. Il faut franchir le passage à niveau du chemin de fer et les hautes grilles de l'entrée pour appréhender pleinement le silence de son grand vaisseau. Des bâtiments longs et puissants, deux ailes et trois étages. Les volets sont clos, les matériaux vétustes et les couleurs de la façade sont intimement liées au travail de l'argile.



Dans les parages immédiats, l'apparition des premiers iris se révèle chaque année merveilleusement éclatante. L'usine fut construite dans la proximité d'un aqueduc, à faible distance des rives de l'Arc et d'une carrière, parmi les ocres, les verts et les bleus que Cézanne affectionnait. Mis à part plusieurs grands fragments de champs cultivés et divers îlots de verdure, cette campagne aixoise autrefois belle est aujourd'hui méconnaissable. On circule parmi des bretelles et des noeuds d'autoroutes. La zone commerciale, les bureaux et les entreprises s'accroissent, la gare TGV et l'aéroport ne sont pas loin.

 

Histoire d'un camp

 

 



Chacun regarde la statue de la Vierge et le balconnet du bâtiment central. Voici le surplomb de la cheminée du four Hoffmann : cinq mètres de diamètre, quarante mètres de hauteur. Le visiteur aperçoit une carcasse sobrement architecturée, quelque chose de vaste et de monumental : il ne peut pas deviner les ombres et les couloirs, les machines, les escaliers et les poutres de béton armé qui charpentent l'intérieur de la briqueterie. On marche dans la cour, il n'y a pas d'arbre, aucune possibilité d'ombre. Le mistral, l'ardeur du soleil ou bien le froid sont les maîtres uniques de cet espace. Ici même, voici maintenant plus de soixante-dix ans, l'irrémédiable survint : une voie ferrée conduisait pendant l'été de 1942 les internés vers Rivesaltes et Drancy, avant de rejoindre Auschwitz. Plutôt que de monter dans les wagons, quelques-uns de ceux qui pressentaient leur avenir préférèrent se suicider. Près de la statue de la Vierge, on identifie la fenêtre du deuxième étage où plusieurs femmes porteuses d'enfants se précipitèrent dans le vide.

 
Le 2 septembre 1939, la Troisième République et son administration militaire réquisitionnaient la tuilerie qui avait arrêté sa production en 1937. Après-guerre, avec des fortunes variables et jusqu'en 2004, l'activité de l'usine reprendra. Le premier regroupement des "suspects" et des "indisérables" s'effectua aux alentours du 7 septembre ; le chiffre de 1800 internés fut rapidement atteint. Aux Autrichiens et aux Allemands s'ajoutèrent d'autres nationalités, des Russes, des Polonais et des Tchèques. Parmi les étrangers considérés comme des ennemis potentiels de la France, on trouvait de nombreux membres de l'intelligentsia allemande, des musiciens, des architectes et des hommes de science, des écrivains, des universitaires et des artistes : entre autres, Heinrich Davringhausen, Gustav Elrich, Lion Feutchwanger, Herman Henry Gowa, Walter Hasenclever, Franz Hessel, Alfred Kantorowicz, Werner Laves, Robert Liebknecht, Golo Mann, Léo Marschutz, Franz Meyer, Hans Meyerowitz, Otto Meyeroff, Ernst Erich Noth, Anton Radersscheidt, Max Raphael, Thadeus Reichstein et Adolf Sibert. Au total, on estime qu'entre 1939 et 1942, 10.000 individus issus de 27 nationalités furent internés aux Milles.



Après une longue et dure bataille contre la honte et l'amnésie - pendant plus d'une trentaine d'années, ce combat fut majoritairement conduit par d'anciens résistants ou bien par des membres de la communauté juive aixoise - l'histoire du camp des Milles nous est devenue familière. Pour cet épisode longtemps occulté, l'essentiel du travail d'analyse et de déchiffrement fut mené au milieu des années 1970 par l'universitaire aixois Jacques Grandjonc (1933-2000). Mieux vaut tard que jamais, les éditions des Malassis ont publié au printemps de 2013 la thèse d'êtat qu'il avait soutenue en 1979, à propos de La terminologie communautaire prémarxiste, des utopistes aux babouvistes.



Grand spécialiste de l'émigration allemande aux XIXe et XXe siècles, Jacques Grandjonc a raconté l'épisode qui amorça ses recherches à propos des zones d'ombres du camp d'internement. Interpellé un jour de 1973, lors d'un colloque qui se tenait à Berlin-Est, il avait eu la grande honnêteté d'avouer sa totale ignorance : un exilé politique qui transita pendant les années 1940 par le stade de Colombes, le camp de Marolles et les Milles, l'historien Karl Obermann, lui avait demandé ce qu'il pouvait savoir à propos de l'histoire des internés des Milles. Piqué au vif par son collègue allemand, Jacques Grandjonc entreprit de réunir à la Faculté des Lettres d'Aix-en-Provence un séminaire de recherches remarquablement actif.

 

Artistes internés

 

Du 20 septembre au 15 décembre, Marseille-Provence 2013 et le Site-Mémorial du camp des Milles programment une exposition consacrée à quatre des artistes qui furent autrefois internés : Hans Bellmer, Max Ernst, Ferdinand Springer et Wols. Inaugurée le 23 septembre, cette exposition est émouvante. Il est presque miraculeux de découvrir sur place, au terme d'un cheminement aussi long, quelques-uns des travaux qui furent réalisés pendant ces saisons de stupeur et d'angoisse. Cet indispensable événement révèle quelque chose d'improbable : ces quatre artistes n'avaient jamais envisagé que sur le lieu même de leur enfermement, une exposition puisse un jour témoigner de ce que furent leurs conditions de vie.

 



Il fallait trouver le sommeil au premier étage de l'usine, sur la terre battue, dans la poussière et les courants d'air, parmi les grands moules, les briques et les séchoirs. La paille disposée sur le sol favorisait la prolifération des puces et des punaises. L'appel du matin se faisait à 6 h 30 (5 h 30 pendant l'été). Les repas chargés de bromure étaient souvent pris dans la cour, l'hygiène était inexistante. L'eau potable était puisée en dehors du camp, des linges sommaires  séchaient sur les barbelés, les latrines provoquaient d'interminables files d'attente, la dysenterie et l'eczéma étaient récurrents. Dans Le diable en France, le récit autobiographique qu'il publiera pendant son exil aux Etats-Unis, Lion Feuchtwanger constatait qu' "on ne peut se libérer ni de sa crotte ni des nuées de mouches ... nous étions de plus en plus déguenillés et nous nous enfoncions toujours davantage dans la saleté et la crasse". Dialoguant avec Patrick Waldberg, Max Ernst décrivait "un juste milieu entre la Pologne - c'est à dire le nulle part - du Père Ubu, et les sombres étouffoirs de Kafka". Dans son autobiographie, on retrouve des phrases souvent citées : "Partout il y avait des débris de briques et de la poussière de briques, même dans le peu qu'on nous donnait à manger. Cette poussière rouge pénétrait jusque dans les pores de la peau. On avait l'impression d'être destinés à devenir débris de briques".



Dans cette société en réduction que constitue un camp d'internement, il n'était pas uniquement question de se mettre en quête d'un visa et de sauver sa peau. Le pasteur Henri Manen - en 1986, en compagnie de son épouse Alice, il sera reconnu Juste parmi les Nations - fut l'aumônier du camp. Des cours, des conférences et des cérémonies religieuses s'organisaient, une chorale et un orchestre se formèrent, des parodies d'opéra s'esquissèrent. Du marché noir s'organisa. A côté de la nourriture, il se vendait clandestinement de l'opium, des alcools et du foie gras. Un bar plus ou moins transgressif s'ouvrit : toutes sortes de trafics entre hommes, des soirées de cabaret abondamment arrosées, des beuglants et des spectacles parodiques se profilaient dans une portion mal éclairée du rez-de-chaussée, baptisée Die Katakombe, en souvenir de l'expressionnisme et d'un cabaret de Berlin.


Dans cet environnement et dans ces circonstances à ce point anxiogènes, comment trouver des moments de resaisissement et de concentration ? Les matériaux, les instruments et les feuillets des petits formats de ces quatre artistes étaient plus sommaires et plus fragiles que d'ordinaire. Ces hommes vivaient depuis d'assez longues années dans les difficultés de l'exil, la langue qu'ils étaient obligés d'utiliser n'était pas leur langue natale. Les débuts de la Seconde Guerre mondiale les avaient brutalement ramenés au statut immanquablement ordinaire de l'interné. Leur travail au Camp s'effectua furtivement. Leurs menues expérimentations n'avaient pas de relation avec ce qu'il est convenu d'appeler "le marché de l'art" : les modestes dessins, aquarelles et collages qu'ils réalisèrent relevaient prioritairement d'un simple désir de survie.



Pour Max Ernst, ce fut l'un des épisodes les plus pénibles de son existence. Il racontait avoir partagé dans un four de la Tuilerie "une chambre exiguë avec le peintre Hans Bellmer". Citer Alfred Jarry et Shakespeare à propos des Milles était approprié : la situation des internés était foncièrement cauchemardesque. Chaque heure passée au Camp constituait un gâchis, un affrontement avec un système injustifiable. Sa vie privée fut durement affectée : quand Max Ernst revint pour une seconde fois aux Milles, sa compagne Léonora Carrington sombra pendant plusieurs semaines dans une folie dont elle aurait pu ne pas réchapper.



Ferdinand Springer se souvenait avoir transporté depuis le fort d'Antibes, qui fut son premier camp d'internement, un petit siège pliant et des feuilles de dessin : il s'asseyait dans un coin de la cour du camp et dessinait les profils des internés qui lavaient leur linge, coupaient du bois ou bien faisaient de la gymnastique. Plus jeune qu'Ernst et Bellmer, Wols était moins intégré dans la communauté artistique qui s'esquissa à l'intérieur du camp. En 1940, il a 27 ans ; sa vie s'achèvera en septembre 1951. Pour l'aider à supporter l'enfermement, Grety Dajiba, sa compagne et future épouse, lui transmettait derrière les barbelés, du papier, des encres et des plumes, en sus des alcools dont il avait terriblement besoin.



Max Ernst réalisa tout de même un petit nombre de dessins, frottages et décalcomanies. Sortir du mutisme, reconfigurer quelque-uns de ses moments de vie relevait de ce qui l'aidait à respirer dans un contexte désastreux. Dans son catalogue raisonné, six oeuvres sont répertoriées comme provenant des Milles : principalement, le couple des silhouettes fantômatiques des Apatrides, ironiquement figurés avec des limes pourvues de regards et de grandes pattes d'oiseaux. Au fil des ans, cette désarmante apparition est devenue l'une des icônes de l'art de la Seconde Guerre mondiale. L'une de ses pièces les plus singulières pendant cette période, ce fut dans la meilleure tradition collective du surréalisme, un collage qu'il effectua en compagnie de son voisin de cellule Hans Bellmer.



Ces deux hommes s'estimaient. Dans cette occurrence, Ernst et Bellmer agirent en parfaits complices, la part de chacun reste immédiatement lisible : aucun des deux artistes ne supplante l'autre, tous deux continuent d'user de l'arme de l'humour pour poser leur regard sur le monde qui les entoure. Tandis que Max Ernst profile le cliché d'une vignette où l'on voit deux jeunes femmes doucement attentives qui examinent les corps allongés de deux hommes qui dorment et qui rêvent en costumes de ville, Hans Bellmer dessine en contrepoint un squelette désarticulé, chevelu et féminin qui s'engouffre dans l'ouverture d'une paroi de briques en forme de bottine à talon haut. Le collage, crayon et gouache de ces deux insoumis fut titré "Créations / Créatures de l'imaginaire".



Dans son livre d'entretiens composé par Emmanuelle Foster, Ferdinand Springer (1907-1998) racontait qu'il voulait "composer des portraits idéalisés. Une façon pour moi de m'élever au-dessus de l'atmosphère déprimante du camp, de m'échapper de la réalité". Sur la cinquantaine de dessins des Milles qu'il conserva pendant toute sa vie, on aperçoit des silhouettes d'hommes dénudés et musclés : "Le sommeil du prisonnier", "des Acrobates", "un Laveur de linge", "Les coupeurs de bois" ou bien "La douche des Milles". Ferdinand Springer ne commettait pas exactement du déni de réalité ; Emmanuelle Foster l'imagine désireux de se montrer capable d'un bien étrange stoïcisme. Il refuse la situation qu'on lui inflige et continue d'oeuvrer comme un amoureux de l'art florentin, selon des principes de transposition et d'idéalisation qu'il a jusqu'à présent adoptés. Ses figures surannées se dessinent sur un fond quasiment intemporel. On ne rencontre pas les baraquements et la pénombre de la tuilerie, rien n'évoque les rassemblements matinaux au son du clairon, les militaires ardéchois ou bien les repas pris en commun : les silhouettes héroisées et mythologisantes de Springer pourraient s'intégrer dans des bas-reliefs néo-classiques. Dans cette succession de séquences, quelques exceptions tout de même. Des apparitions plus mélancoliques permettent de restituer l'atmosphère du camp avec une réelle justesse : par exemple, des portraits de "prisonnier" ou bien la vision d'un jeune souabe qui posa plusieurs fois pour Springer. Ses grosses mains s'appesantissent sur ses genoux. Ce personnage était affecté au nettoyage des latrines.



Pendant ces années 1939-1940, Ferdinand Springer n'est pas le créateur contemporain qu'on découvrira au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Son séjour aux Milles et les vives critiques de son ami Hans Bellmer qu'il accompagna en tant que prestataire à Forcalquier n'ont pas déclenché une remise en question de ses positions esthétiques. Quelques saisons plus tard, à Grasse, quand il conversera avec ses amis Hans Arp et Alberto Magnelli, et puis ensuite en Suisse où il prendra le temps de méditer dans l'atelier de Paul Klee, il s'affranchira et cessera d'oeuvrer selon les principes qui gouvernent ses dessins des Milles. Deux dessins témoignent de son dialogue avec Hans Bellmer. Le très fin portrait de Bellmer par Springer appartient à la collection d'une galerie de Berlin, il n'est pas visible dans l'exposition des Milles. Pour le visage de son compatriote, Hans Bellmer a composé un assemblage de figures géométriques qui rappelle la structure et l'enfermement des briques du camp.



Bellmer usera d'une composition analogue pour profiler à deux reprises le visage emmuré, vieilli et soudainement voûté qu'arborait alors Max Ernst. Entre autres raisons parce qu'il admettait que son internement puisse relever d'une étrange prédestination, la capacité de travail d'Hans Bellmer ne fut pas complètement entravée. Ses oeuvres majeures de l'époque des Milles s'intitulent "Le Vermoulu et le plissé", "Quatre personnages" ou bien "Les Milles en feu" qu'on aperçoit sur l'affiche de l'exposition. Depuis longtemps déjà, dans certains de ses dessins très curieusement prémonitoires, les murs de brique relevaient du décor et du substrat de son monde intérieur. Le rêve de pierre de "Tête de femme sur une tour" qu'on retrouve par erreur dans plusieurs livres et documents traitant du camp des Milles, ne fut jamais dessiné en Provence : bien avant l'internement, cette oeuvre sur papier que le Centre Georges Pompidou date de 1934 exprimait déja l'immense difficulté que Bellmer pouvait éprouver lorsqu'il tentait d'échapper à son propre enfermement.




Faute de moyens, Wols avait cessé d'être photographe. En dépit de son penchant pour l'alcool qui empira aux Milles et malgré sa mauvaise santé - il était sujet aux crises d'épilepsie - quelque chose de prodigieusement libre et d'inconditionné, un nouveau départ qu'il intitula le "Wols Circus" se déclencha pendant son internement. Sa compagne Gréty racontait qu'il créait nuitamment la plupart de ses aquarelles et de ses dessins, "près d'un feu à charbons" ou bien "à la lueur d'une chandelle". Wols ne détestait pas l'ambiance permissive et les loufoqueries des chansonniers du cabaret Die Katakombe. Avec sa structure fermée, la tuilerie était à ses yeux un lieu d'effroi et de tourment, un résumé du monde et de la société  à partir duquel il pouvait multiplier les saynètes et  les changements de décor. Ce créateur d'aphorismes estimait que "la dimension de la paume est sacrée" : il prétendait qu'"une toute petite feuille peut contenir le monde". Sur ses minuscules feuillets, on discerne des écheveaux de signes, des implosions ou bien de très sérieux jeux d'enfant : une étrange fluidité, des cheminées d'usine, des vaisseaux-fantômes, des marches d'escalier, des blocs de briques, des trapèzes volants, des parachutes, des pantins, des chapeaux haut-de-forme, des verres et des bouteilles, des insectes malfaisants, des graminées, des locomotives, des bateaux échoués, des forteresses et des pont-levis.



Obtenir des prêts au lendemain de L'Art en guerre, l'exposition de Jacqueline Munck et Laurence Bertrand-Dorléac présentée pendant l'hiver 2012 au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, rassembler quelques-unes des créations de ces quatre personnages, prendre la mesure de l'oubli et des refoulements qui effacèrent provisoirement le contexte de leur création, la tâche était difficile. On retrouvera dans le catalogue de l'exposition édité par Flammarion d'autres précisions quant aux épisodes que connurent ces quatre artistes lorsqu'ils vécurent aux Milles : s'y trouvent reproduits de nombreux documents recueillis et resitués par Bernadette Caille. En 1997, un rassemblement analogue ainsi qu'une publication, Des peintres au camp des Milles, avaient été réalisés par Michel Bepoix, sur le Cours Mirabeau d'Aix-en-Provence, dans la galerie d'art contemporain du Conseil Général des Bouches du Rhône.



L'un des intérêts de cette exposition des Milles est de pouvoir scruter immédiatement les référents à partir desquels ces quatre artistes ont oeuvré. On découvre leurs travaux dans une salle d'exposition qui vient d'être récemment aménagée. Installé près de l'ancien réfectoire des gardiens où sont conservées plusieurs peintures murales, ce nouvel espace ne fait pas exactement partie de la tuilerie. La mémoire et la pensée du visiteur se formulent dans une étrange proximité avec ce qu'on pourrait appeler "les lieux du crime". Curieusement, lorsqu'on quitte la salle d'exposition, quand on regarde de nouveau le grand bâtiment de l'usine des Milles, plusieurs intuitions, de nouvelles données nourrissent notre perception.



Pendant ces années 1939-1940, c'était déja Minuit dans le siècle. Le souffle de la bête immonde aura plus ou moins épargné ces quatre artistes. Les parcours de Max Ernst et d'Hans Bellmer étaient d'ores et déjà fermement établis : pour l'essentiel, ces deux personnages appartiennent à la grande lame de fond du surréalisme. En revanche, Ferdinand Springer entame une profonde mue qui se prolongera jusqu'en 1998. Pour sa part, Wols devient aux Milles l'un des plus prodigieux créateurs de son époque.



Alain PAIRE

                Portrait de Ferdinand Springer par Hans Bellmer

 

Bellmer, Ernst, Springer et Wols, des artistes au camp des Milles, une exposition co-produite par Marseille-Provence 2013 et le Site-Mémorial du camp des Milles. Jusqu'au 15 décembre, ouvert tous les jours de 10 h à 19 h. La commissaire de cette exposition est Juliette Laffon. Catalogue coordonné par Bernadette Caille, éditions Flammarion.

 

Bibliographie :

Max Ernst, Ecritures, Paris, Gallimard, coll. "Le Point du jour", 1970.
Sous la direction de Jacques Grandjonc et Theresa Grundtner, Zone d'ombres, Aix-en-Provence, Alinea, 1990.
Emmanuelle Foster, Ferdinand Springer, Lausanne, Ides et Calendes, 1995
Collectif préfacé par Michel Bepoix et Jacques Grandjonc, Des peintres au camp des Milles, Arles, Actes-Sud, 1998. 
Martine Lusardy, Varian Fry, Marseille 1940-41, catalogue Halle Saint-Pierre, 2007.
Laurence Bertrand Dorléac et Jacqueline Munck, L'Art en guerre, Paris, Editions du Musée d'art moderne de la Ville de Paris, 2012.
Collectif à partir des photographies d'Yves Jeanmougin, Mémoire du camp des Milles, textes d'Alain Chouraqui, Robert Mencherini, Angelika Gausmann, Olivier Lalieu et Atelier Novembre, Manosque, Le Bec en l'air, 2013.
Guy Marchot, Lettres des internés du camp des Milles, 1939-1942, Association Philatélique du Pays d'Aix, juin 2012.
Alain Paire, Ferdinand Springer, un artiste au camp des Milles, le destin d'un exilé, Aix-en-Provence, Editions du Site-Mémorial du camp des Milles, 2013. Plusieurs articles sur le site www.galerie-alain-paire.com.