Rendez-vous

12 janvier 2017


Arthur Guichoux

French Critical Theory?


Depuis plusieurs décennies, un nouveau courant de pensée serait-il en train d'émerger sous la forme d'une théorie critique française ?

La question mérite d'être posée tant il est frappant que, dans l'univers de la philosophie politique, la constellation Lefort – Abensour – Castoriadis – Balibar – Rancière (dans une liste non exhaustive) rencontre un écho croissant de l'autre côté de l'Atlantique qui met en relief son influence au sein de la philosophie dite « continentale ». La réception anglo-saxonne de ce versant minoritaire de la philosophie politique de langue française dessine, en effet, une voie singulière qui tranche avec l'emprise persistante de la French Theory (Foucault, Deleuze, Lyotard, Derrida, Baudrillard…). Peut-on pour autant évoquer l'émergence d'un courant hétérodoxe malgré son hétérogénéité ?

L'enjeu de cette journée d'études pourrait donc consister à approfondir l'hypothèse d'une théorie critique française politique : il s'agirait, non pas de fabriquer de toutes pièces une école de pensée homogène mais plutôt de reconstruire des passerelles et de confronter, autour d'enjeux et de débats contemporains, des auteurs qui ne dialoguent qu'avec parcimonie.

La « French Critical Theory », du titre d'un ouvrage collectif paru en 2007 (Recognition, Work, Politics. New Directions in French Critical Theory, sous la direction de JP Deranty, D. Petherbridge, J. Rundell, R. Sinnerbrink) creuserait son sillon à distance du post-modernismeissu de la French Theory et de la déconstruction systématique des postulats métaphysiques dusujet, de l'histoire et de la raison. Le centre de gravité de cette ligne de pensée transversale sesituerait plutôt autour d'une exploration critique de la démocratie, comprise comme une formede société ouverte à l'histoire et au nouveau, et qui interrogerait les conditions de possibilité etles voies empruntées par la subjectivation politique et la rationalité du conflit. En ce sens, cecourant pourrait être rapproché de la Théorie critique de l'Ecole de Francfort, notamment àtravers le rapport critique qu'elle entretient avec la philosophie politique traditionnelle et sacontribution au décloisonnement des frontières disciplinaires par la mobilisation des scienceshumaines, de l'anthropologie ou encore de la psychanalyse. Cette proximité ne doit cependantpas entraîner une confusion entre l'une et l'autre : si Lefort, Abensour ou Castoriadis (pour neciter qu'eux) articulent leur pensée du politique et de l'émancipation à une critique de ladomination sous ses multiples visages, ils refusent de rabattre la politique sur la domination,pour éviter de s'enfermer dans le catastrophisme. Il reste que ce paradigme en devenir s'inscritaussi en faux vis-à-vis de l'irénisme du versant le plus exposé des théories politiques qui sefocalisent sur le consensus comme ciment de l'ordre socio-politique, au détriment des brèchesconflictuelles synonymes de désordre.

Chercher à saisir le sens et la portée d'un mouvement théorique qui ne se donne pas comme tel, implique de partir des affinités de pensée qui relient des conceptions à la richesse heuristique encore largement sous-estimée, telles que la sauvagerie des luttes pour les droits ou de l'insurgeance, la rencontre conflictuelle et incommensurable entre police et politique, la démocratie comme projet d'autonomie ou comme illimitation. D'où l'hypothèse d'une théorie critique française qui tournerait autour des défis et des risques que présente l'expérience démocratique et qui passerait par la relecture de Marx, le refus de faire du pouvoir, de la loi et de l'Etat un maléfice, enfin, la mise en exergue d'une dimension utopique, qu'elle soit sous-jacente ou saillante. Sans conférer à ce courant une unité artificielle qui correspondrait à une étiquette, ni prétendre à une élucidation exhaustive des apports respectifs et des apories de chacun de ces auteurs, l'objectif, plus modeste, serait de faire ressortir la spécificité et la fécondité d'une philosophie politique française critique, dont les voix discordantes pourraient bien dessiner les contours provisoires et inachevés d'un horizon de sens partagé.

 

Programme

9h Accueil des participants

9h15-9h30 Introduction par Etienne Tassin

9h30-12h30 Défis et apories d'une théorie critique française.

- Manuel Cervera-Marzal, Philosophie de l'anarchie vs anarchisme politique ?

- Arthur Guichoux, Sauvagerie démocratique et critique de la politique

Discussion

- Anders Fjeld Rancière, Critique de la philosophie politique critique

- Juan Pablo Yáñez, Approaching the Chilean philosophical political context from Miguel Abensour

Discussion

 

12h30 – 14h Déjeuner au restaurant Buffon

 

14h – 16h Une constellation de pensée critique sous tension ?

- Mattia Di Pierro, Penser avec Machiavel : conflit, émancipation et l'antinomie du politique

- Giuseppe Santangelo, La théorie critique contre l'Etat

- Eduardo Tomaz, Lefort – Lyotard : le trait d'union performatif

Discussion

16h – 16h15 Pause

 

16h15 – 18h Why Lefort matters ?

- Justine Lacroix et Jean-Yves Pranchère,  Présentation du programme de recherche ULB

Discussion

18h Clôture de la journée

 

LCSP Université Paris Diderot

Vendredi 13 janvier 2017

Salle 580 F (Salle des thèses), Halle aux Farines

9h-18h

Entrée libre

 

Contact : Arthur Guichoux <arthur.guichoux@gmail.com>