Portraits

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BORNE
Étienne


(1907-1993)

Normalien, agrégé (1930) et professeur de philosophie, le catholique Borne a fréquenté Maritain mais a été marqué surtout, comme Mounier et Lacroix, par la pensée de Blondel et l’œuvre de Péguy (donc de Bergson) ; il est de plus un héritier du Sillon de Marc Sangnier et adhère indéfectiblement au courant démocrate chrétien de Francisque Gay (L’aube). Lié aux dominicains novateurs, il collabore à La Vie intellectuelle, à Sept et à Temps présent et participe aux diverses institutions des intellectuels catholiques et du catholicisme social, ainsi qu’au syndicat SGEN-CFTC fondé par son ami Vignaux. Comme celui-ci, il apprécie Esprit auquel il a collaboré dès 1932, sans en être car il ne peut pas partager sa virulente querelle contre les démocrates chrétiens que Mounier juge attardés dans leur attachement à la démocratie libérale et timides dans leur réformisme. Mais comme philosophe, militant et chrétien, il a une profonde amitié et solidarité avec Mounier et Lacroix – à la différence de Jean Guitton, qui n’est pas marqué comme les trois autres par une révolte initiale, source d’engagement politico-social.
Cette solidarité est rudement éprouvée au lendemain de l’armistice. Borne partage la réaction intransigeante des intellectuels démocrates chrétiens qui s’interdisent toute participation aux entreprises menées sous l’égide du régime de Vichy envers lequel leur opposition est radicale. Il fait part à Mounier de son net désaccord sur la reparution de la revue et en critique le contenu. Mounier revient plusieurs fois à la charge pour lui faire comprendre sa position et obtenir de cette bonne tête philosophique quelques mises au point sur « les notions ambiguës » (la liberté) et autres questions difficiles. En vain. Le désaccord sur les modalités est aussi total que l’harmonie spirituelle, constate Mounier désolé.
Mais à l’annonce de l’interdiction, le loyal et chaleureux ami retrouve les accents de la solidarité :
« ... Une telle sanction est un honneur et je regrette maintenant de n’avoir pas collaboré à Esprit pour le partager de plus près. Si, au début, j’avais craint quelque équivoque dans l’attitude d’Esprit, la suite des derniers numéros m’avait pleinement rassuré : les concessions de forme à un certain langage à la mode n’étaient que superficielles ; Esprit n’a pas cédé sur l’essentiel. Il est frappé : preuve de son courage et de sa fidélité. C’est toi, mon cher Mounier, qu’il faut féliciter d’avoir tenu et maintenu. »
Borne, engagé à Combat, est nommé à la veille de la Libération délégué régional à l’Information auprès du futur commissaire de la République de Toulouse. Il se consacrera ensuite à d’autres périodiques en donnant quelques contributions à Esprit ; les relations demeureront très cordiales, aussi convergentes sur le plan philosophique et éthique que divergentes en politique. Survivant à ses deux amis, Borne publiera un petit livre sur Mounier, et plusieurs articles sur lui et sur Lacroix.
Bernard Comte