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MAGNY
Claude-Edmonde


Edmonde Vinel (1913 ?-1966) a été reçue au concours d’entrée à Normale supérieure, rue d’Ulm, seule femme de sa promotion (1932, celle de Georges Bonnefoy, de Jean Gosset et de Pierre Grimal qu’elle épousera). Agrégée de philosophie, elle enseigne à la veille de la guerre au lycée de Rennes, comme son mari latiniste qui connaît Esprit depuis 1934. Elle participe au Congrès Esprit de Jouy-en-Josas de 1939, où le jeune Jorge Semprun fait sa connaissance. Elle entame au printemps 1940 sa collaboration à la revue sous le pseudonyme de Claude-Edmonde Magny, alternant les articles de réflexion (à propos d’Huxley en février) et les notes rendant compte d’œuvres littéraires récentes. L’examen d’un livre ou le développement d’un thème est toujours chez elle occasion de confrontation personnelle avec l’auteur, guidée par la recherche d’authenticité, sur le plan esthétique et éthique ; elle entreprendra après la guerre la synthèse de ses études sur les romanciers français contemporains, dont elle publiera la première partie (Claude-Edmonde Magny, Histoire du roman français depuis 1918, Paris, Le Seuil, 1950). Elle poursuit aussi une réflexion exigeante sur les formes romanesques contemporaines et sur le sens et les limites de l’œuvre d’écriture, dont elle publiera les conclusions(C.-E. Magny, Les Sandales d’Empédocle : essai sur les limites de la littérature, Neuchâtel, Éd. de la Baconnière, 1945 ; Lettre sur le pouvoir d’écrire, Paris, Pierre Seghers, 1947 ; l’âge du roman américain, Paris, Le Seuil, 1948.).


Après une note sur Marcel Aymé dans le premier numéro, Claude-Edmonde Magny donne à la revue lyonnaise trois articles dans lesquels elle analyse « le mal du XXe siècle » et défend sa conception de la critique littéraire comme engagement de la personne. Dans les missives qu’elle réussit à faire passer de Rennes à Mounier, elle évoque ses multiples travaux : début de thèse sur Platon, étude sur La NRF à laquelle elle a d’abord envoyé quelques notes (non publiées) avant de condamner radicalement l’orientation politique de Drieu ; elle confie aussi à Mounier ses projets et ses suggestions (ressusciter le groupe Esprit de Rennes, refaire un Journal intérieur, travailler à la « doctrine » et réfléchir à la place de la littérature dans la cité, publier hors revue des « Cahiers de littérature » périodiques). Elle lui annonce un article de son mari dont on n’a pas de trace dans la revue ; seule paraît en mars la brillante pochade de « Jacques Sthenel » sur la censure, que les services du même nom laissent passer par une surprenante négligence…


Après la guerre, elle donnera à Esprit, jusqu’en 1951, une dizaine d’articles sur Bataille, sur les écrivains de la déportation et sur Sartre, Joyce, Malraux, Mauriac, Balzac. Ils seront repris, pour la plupart, dans un recueil posthume, avec ceux parus dans Poésie 46 et 47, dans Preuves et dans d’autres revues.