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TOUCHARD
Pierre-Aimé


(1903-1987)


Pierre-Aimé Touchard était répétiteur au lycée Henri-IV, avec l’ambition de devenir critique littéraire, lorsque sa réaction réticente à la lecture du premier numéro d’Esprit l’a amené à entrer en contact avec Mounier, qui lui fait faire des paquets et accepte du bout des lèvres de publier une « Chronique du théâtre vivant » (février 1933). La « Confession pour nous autres chrétiens » de Mounier (mars 1933) irrite ensuite l’incroyant Touchard, qui s’en explique avec l’auteur de telle manière qu’il découvre en lui un ami qu’il accepte, presque malgré lui, « non seulement comme un maître à penser, mais un maître à vivre ». C’est le début d’une amitié et d’une collaboration constante pendant sept ans. Touchard est un des piliers de la vie de la revue et du mouvement, proche d’un côté des poètes (Edmond Humeau et Adrien Miatlev) et des gens de théâtre (Pierre Barbier), des politiques de l’autre (il dirige en 1938-1939 Le Voltigeur français) et toujours disponible pour les besognes ingrates. Lorsqu’est créée en 1934 une « association des amis d’Esprit », il en est naturellement le secrétaire général tandis que sa femme Angèle tient le secrétariat de la revue. Les réunions parisiennes se tiennent souvent chez eux. Il n’en poursuit pas moins ses réflexions sur le théâtre, qu’il voudrait voir revenir à ses origines, loin du « théâtre superficiel [...] fermé au mouvement politique et social » qu’il est devenu. C’est ce qu’il plaide, dans sa chronique régulière et dans le numéro spécial sur « L’art et la révolution spirituelle », puis dans un petit livre de la collection « Esprit ». Responsable du Voltigeur français jusqu’à la guerre, il partage avec Mounier la direction de l’organe fusionné Esprit & le Voltigeur jusqu’en mai 1940. Il en assure alors le travail de fabrication, puis quitte Paris pour Dreux, dans sa famille, avec une partie des archives. Il désapprouve Mounier qui tient à publier un numéro de juin à Grenoble, alors qu’il estime que l’état des finances et les incertitudes de la situation ne le permettent pas. Ce dissentiment entre les deux amis, qui étaient en accord étroit sur Munich et la suite, n’est pas levé par les lettres de Mounier qui lui confi e au lendemain de l’armistice ses réflexions de semi-prisonnier. Puis c’est le dialogue de sourds entre les deux zones. Isolé à Fouras, presque sans ressources et en mauvaise santé, Touchard ne prend pas d’initiatives, il suit d’un peu loin celles de Gosset.


En donnant à Mounier, pour le numéro de juillet 1941, une brève recension, Touchard manifeste que, sans faire siens les analyses et les espoirs de Mounier et de Lacroix, il admet la légitimité de la reparution de la revue. Dans une lettre à l’inflexible Villey, Mounier citera en exemple Touchard et Gosset « qui, eux, ne sont pas fermés [à la compréhension du] combat qui se mène ici ». La lecture des derniers numéros peut-être, la circulaire de Gosset et les explications des émissaires de Mounier en zone occupée (sa sœur Madeleine, Jean Gouin) ont obtenu cette inflexion de sa position de « gaulliste ». Lui-même acceptera peu après, à la demande de François Perroux appuyé par Madaule, la direction de la Maison des Lettres de Paris, foyer d’étudiants subventionné par le gouvernement qu’il dirigera jusqu’à la Libération et dont il fera un foyer d’activités clandestines, relais pour l’école de cadres des maquis de Robert Soulage « Sarrazac ».


Après la Libération, Touchard remplira de nombreuses fonctions de responsabilité, à l’inspection des spectacles, au Théâtre français puis à l’ORTF et enfin à la direction du théâtre d’Orléans.